mardi 18 octobre 2016

Tension noire


« On finit toujours par devenir un personnage de sa propre histoire. »
Lacan, Écrits (1966)


Quand ça a sonné à la porte, je n'attendais personne, personne ne me rend plus jamais visite ; j'ai quand même regardé par le judas. Elle était là, ça faisait plus de vingt ans. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit elle… enfin, c'est pas tout à fait vrai, j'ai toujours su qu'un jour elle me retrouverait… j'ai toujours su que ce moment arriverait. Elle sait être si patiente, si opiniâtre, si méthodique.

J'ai ouvert, elle a souri ; ce sourire froid et méprisant que je lui connaissais si bien. Je remarque quelques mèches blanches dans ses cheveux blonds, quelques ridules aux coins de ses paupières...

- Bonjour, puis-je entrer ? demande-t-elle d'une voix calme et posée que je ne lui avais jamais entendu. Je m'efface pour la laisser passer et l'invite à s'asseoir dans la cuisine. De toute façon, pas de salon et la chambre, c'est plus possible.

- Comme d'habitude, un whisky avec de la glace ? m'entends-je lui demander d'une voix blanche.
Elle acquiesce d'un signe de tête. Je vais chercher la bouteille près de mon lit, la laisse sur la table en formica puis me saisis de deux verres dans le buffet.

Quand je me retourne, elle est là, calme, un .38 à la main ; j'ai toujours su qu'elle était fascinée par les armes à feu mais j'l'aurais jamais cru assez cinglée pour en posséder une. J'ai pensé : c'est un substitut phallique, cette arme mais j'ai fermé ma gueule, ça n'aurait rien arranger, comme si quelque chose pouvait encore s'arranger.

Ça, vraiment, j'm'y attendais pas, elle a toujours été raide dingue mais j'pensais que les choses se termineraient autrement, par le dialogue… elle m'a toujours fait chier avec ces trucs, elle disait qu'elle était laca… j'sais pas quoi, lac… mes couilles !

J'ai posé les deux verres devant moi, tiré le tabouret de sous la table et me suis assis face à elle. J'ai attendu. Sans rien dire.

Je sais qu'elle est toute mouillée ; elle éprouve une jouissance certaine à sentir le poids de l'arme dans sa main, à anticiper le glop du tir assourdi par le silencieux. Elle a tout prévu la salope sauf une chose, j'en ai rien à foutre de crever dans ce taudis où j'croupis depuis ma sortie de prison. Moi la prison, elle l'hôpital psychiatrique.

J'l'avais trahie, trompée, j'm'étais servie d'elle pour les approcher, les liquider. C'qu'elle sait pas, c'qu'elle saura jamais, c'est que j'l'ai aimée, vraiment aimée, que j'l'ai dans la peau, qu'en ce temps-là c'était pas à l'extrémité de son revolver qu'elle me tenait mais par le bout d'la queue ; elle ne pourrait ni l'entendre ni le concevoir.

Le moment de vérité approche. Je ne dis rien, elle non plus. On attend juste qu'elle appuie sur la détente.


© Marie-Noëlle Bertrand ; d'après Ettore Scola :
Janet Âgren dans « La plus belle soirée de ma vie ».
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Ce texte a été publié pour la première fois sur « annesodiversetvariations », le blog d’Anne-Sophie Bruttmann, dans le cadre des Vases Communicants de février 2016.

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(à suivre, ici même, la semaine prochaine)




mardi 11 octobre 2016

Un cri qui vient de loin






Entre le chant et le cri, il n’y a que l’illisible partition de nos étroits solfèges.
(Francis Royo, Aporos 60)




Louise Bourgeois - Rejection (2001) - Tissu, acier et plomb


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Du fond du puits de l'enfance, d'une fissure dans le temps et dans l'espace, me reviennent les cris de ma mère couverts par le silence et le regard gris acier de mon père.

Toujours cette menace qui guette… les cris fracassants de silence ou assourdissants de colère. Ils infestent mon corps et hantent mon cerveau dans l'attente de la libération. Se délivrer des angoisses et de la rage dans le silence ou la fureur, imploser ou exploser pour accéder au vivre…

Le silence, comme un chant à naître, résonne dans les profondeurs de la poitrine ; il remonte à la surface, avec le passé. Le cri retenu, étouffé finit par déferler, le séisme intérieur déchaîne les mots enfouis au fond du gouffre ; lâcher ce qui est là tapi, laisser jaillir les mots prisonniers dans les abysses de la gorge.

Au commencement, il s'extrait de la voix ; affleurent du néant des murmures éteints, comme asphyxiés. Soudain, surgit le cri, résonnant dans et du silence ; l'indicible déchire le secret dénudant la souffrance enfouie, ouvrant la porte et libérant la menace.

Pansons les plaies, laissons la place au Verbe.

Pansé à la hâte, le visage aux lèvres grandes ouvertes sur l'intérieur, aveu du silence dans lequel résonne l'angoisse qui colle au ventre et envahit de ses tentacules l'être tout entier.

Sans regard, les yeux arrachés et vides, le corps absent... j'entends le silence qui appelle à être crié, il crie si fort que subitement j'en suis comme sourde. Mais le vide des yeux contraint le regard à se détourner pour n'être plus qu'à l'écoute du cri ultime…

Fulgurante, une énergie intacte jaillit, le silence se rompt… le cri absolu, le fracas aveuglant d'un appel : M'entends-tu ? Ouvre, je ne peux pas rester enfermé !

Éjaculation ! Place au Verbe !

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Ceci est une réécriture à partir de fragments publiés dans le cadre des Vases Communicants de juillet 2016. Ils faisaient échos à ceux de Giovanni Merloni (Le portrait inconscient), pour un texte écrit à quatre mains -librement inspiré de "Rejection", une sculpture de Louise Bourgeois.






vendredi 7 octobre 2016

Vases Communicants du 7 octobre 2016 : Invitée : Lanlanhûe







En levant la tête, elle a croisé son regard. Impossible d'aller plus haut sans se faire drone, et regarder dans les yeux, la pierre étrange. Animal improbable. Sculpté par le temps. Face à l'océan.
Elle : Je suis en avance.
Gargouille : Il est des jours où le temps ne compte plus.
Elle : J'ai rendez-vous.
Gargouille : Avec... ?
Elle : Je ne sais plus, j'ai oublié.
Elle est assise devant l'église, sur la borne de pierre près de l'entrée.
Gargouille : Le temps semble long surtout quand on regarde l'horizon. L'espace étire le temps, ce qui fait qu'il n'est plus ni linéaire ni circulaire. Il devient volume et la vie s'y déploie. Tu as remarqué ?
Elle : On pourrait partir.
Gargouille : Où çà ?
Elle : Je ne sais pas.
Gargouille : Pourquoi partir ? Il fait si doux ici...
Elle : Histoire de voir d'autres horizons, de voir le temps doux, le temps dur, le temps chaud, le temps froid et tutti quanti...
Gargouille : De toutes façons je ne peux pas, mes attaches sont ici. Tu as vu la pierre d'où je sors ? Et puis tu ne trouves pas que la vue est quand même belle d'ici ?
Elle regarde la rue pavée. C'est l'ancien quartier de la ville. Le soleil s'y cache. Entre deux murs. L'on peut entendre le bruit des vagues contre les rochers.
Elle : J'ai froid.
Gargouille : Marche un peu...
Elle : Je ne vois que le cimetière au dessous de toi.
Gargouille : Promène toi. Dans le jardin, ils ont planté des rosiers et puis des carrés de buis. Ils ont nettoyé les allées.
Elle : Qu'est-ce qu'ils y ont mis ?
Gargouille : J'ai beau me pencher je ne vois rien d'ici.
Elle : Verveine citronnelle, romarin, marjolaine... il y a autre chose aussi... lavande peut-être.
Gargouille : Et les tombes... Tu vois leurs noms ?
Elle parcourt les allées. Examine une à une les pierres. Les contourne. Peu de fleurs fraîches en cette saison. Seulement des potées en céramique qui en miment les couleurs.
Elle : Ce ne sont que des noms communs.
Gargouille : Des noms de par ici ?
Elle : Oui, des noms de vieux métiers, de lieux-dits...
Gargouille : Avec le temps, rien ne tient, tout s'efface.
Elle : Et tout s'en va ?
Elle fait mine de chanter...
Gargouille : oui, loin, loin, loin, par delà les frontières.
Il fait mine de l'accompagner... La bouche tendue vers le ciel, il hulule. Elle cligne des yeux. Elle accommode et voit soudain un détail.
Elle : Tu as vu ton bras ?
Gargouille : Il s'est cassé à force d'intempéries.
Elle : Alors ils te l'ont rabouté avec du zinc ?
Gargouille : Oui, il chante deux sons à la fois quand il pleut.
Elle : Tu te crois diphonique ?
Gargouille : Je m'amuse parfois tout seul, par jour de grand vent. Je les fais résonner.
Elle : Tu crois chanter par le bras ?
Gargouille : Tu peux ne pas me croire...
Elle : Tiens, tu pleures ?
Gargouille : Ce n'est rien, ce n'est que la pluie qui coule sur mon visage.
Elle : C'est ce qu'on dit. Cela doit t'arriver quand même d'être triste, depuis le temps que tu es coincé là.
Gargouille : Quand on n'attend plus rien. On est léger. On n'est plus triste.
Elle : Qu'est-ce que tu attendais... avant de ne plus attendre ?
Gargouille : Je ne sais plus...
L'hiver avance. Elle avait cru entendre des voix. Elle avait tendu l'oreille. Cristal de roche et de zinc. Le vent est arrivé. Il a amené ses dialogues absurdes, ses histoires hallucinées. Il y avait encore bien d'autres gargouilles au haut des murs.

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François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014. Je remplace Angèle depuis bientôt un an.


Aujourd’hui, j’ai donc le très grand plaisir de recevoir Lanlanhûe pour ces Vases Communicants et de publier son texte sur La dilettante. Nous avons choisi d’écrire chacune sur le thème de la gargouille.


Je la remercie d'accueillir mon texte « Sentinelle de granit » sur « Rencontres improbables ». Appréciant les photos et les textes l'une de l'autre depuis longtemps, la nôtre ne l'était indubitablement pas.






mardi 27 septembre 2016

Dans cet éternel présent de nos regards...




Entends-tu ? Entends-tu nos voix qui se sont tues ? Entends-tu derrière nos voix l’étendue du silence qui nous sépare ? Vois-tu dans cet éternel présent de nos regards le lien qui nous unit, maintenant que tes yeux se posent sur nous ?


Toi, la petite fille sur cette photo, ta voix je l’ai entendue, tu étais ma grand-mère. Nous avons passé de longs après-midis ensemble, tu m’as appris à tricoter et à broder. Nous avons beaucoup bavardé, tu as souvent évoqué la Seconde Guerre mondiale et l'enfance de ma mère et de mes deux oncles.
Mais de l'époque de cette photo, jamais nous n'avons parlé ; moi, je n’ai pas posé de question sans doute par timidité ou crainte de t'attrister ; toi, tu n'as rien dit sans doute par pudeur ou parce que la blessure n'était pas totalement refermée. Ce que je sais de ce temps-là, c’est ma mère qui me l’a raconté.

La piqûre de l’Épine noire –celle du prunellier- la septicémie, la mort de ton père… alors que tu n'as que quatorze ans. Tu me parais pourtant bien petite, ici, entre tes deux frères. Tu t'agrippes à la main de l'un comme pour ne pas sombrer et tu t'appuies sur le genou de l’autre comme pour trouver un appui pour l'avenir.

Et puis derrière, la mère, cette figure tutélaire, c’est mon arrière-grand-mère ; elle, je ne l’ai pas connue. C'était une maîtresse femme -on ne dit plus cela aujourd'hui- qui a décidé de continuer la tâche de son mari et a repris la ferme avec le plus âgé de ses fils. Elle a travaillé avec obstination et ténacité. Elle vous a aimé, certainement comme on aimait alors ses enfants, avec distance et retenue. Elle vous a conduit vers l'âge adulte avec autorité et bienveillance, s'acquittant à la fois du rôle du père et de celui de la mère. Puis chacun des enfants s'est marié et a suivi son propre chemin mais ils restèrent fort attachés les uns aux autres et les liens entre leurs enfants furent plus de frères et sœurs que de cousins et cousines.

Oui, j'entends vos voix... Je devine sur le visage des uns la tristesse et la mélancolie, sur celui des autres la détermination et la résolution ; parfois ces sentiments entremêlés.
Toute votre vie est inscrite dans cette photo solennelle qui m'est parvenue par le biais de trois générations de femmes, de maîtresses femmes.
Que m'avez-vous légué ? Des valeurs que je porte parfois contre vents et marées, et qui me fondent et me constituent en partie.



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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Chronique des pas perdus », le blog de Sylvie Pollastri, dans le cadre des Vases Communicants d’avril 2016.
Quand nous avons commencé à parler de cet échange, Sylvie Pollastri m'a envoyé une photo ancienne… Cela m'a tout de suite fait penser à cette photo de famille que je gardait, avec quelques autres, dans un carton près de mon bureau depuis plus de deux ans. Je souhaitais écrire à partir de celles-ci, cet échange aura été le déclic d'une première tentative.
L'incipit, et donc le titre, sont de Sylvie que je remercie une fois encore.





mardi 20 septembre 2016

Dans l’obscurité, choeur bruissant… (Back to basics, 7 | aller chercher la voix des vivants)





Dans une chambre : un cosy, un petit lit et un grand lit où elles dorment à deux. Elles sont quatre donc. On leur a dit d’éteindre la lumière ; il est tard, il faut dormir. Dans le noir, les corps disparaissent, ne restent que les voix. L’horizontalité et l’obscurité métamorphosent ces voix, ce ne sont pas les voix du jour : elles viennent de la poitrine, elles sont plus graves, certaines se font plus sombres.
Ces quatre voix se mêlent dans le secret de la chambre, quatre voix d’enfants, quatre voix de fillettes… quatre voix comme une seule, chœur bruissant… Temps suspendu des confidences et des confessions, celles qui ne supporteraient pas la lumière du jour.
Parfois un éclat de voix, un rire étouffé attirent l’attention de la mère dans la chambre toute proche. Elle dit qu’il est temps d’arrêter. C’est le signal...

Les murmures s’échelonnent, les balbutiements deviennent de moins en moins cohérents, les mots incompréhensibles ; une à une, les voix s’éteignent emportées par le sommeil… remplacées par des soupirs, des ronflements ou juste un souffle régulier. Au cœur de la nuit, il arrive que l’une des quatre gamines parle en dormant. Se manifeste alors une voix d’outre-sommeil, venue d’ailleurs, d’un autre monde peut-être, celui de l’inconscient, des oracles, des craintes, tourments et angoisses, des joies aussi.

L’écho de ce chœur résonne aujourd’hui encore lorsque, par les hasards de la vie, ces quatre voix dispersées se retrouvent, si ce n’est au complet au moins à deux, pour dormir dans une même chambre.
Ces voix ont changé, les timbres et les intonations sont différents mais elles retrouvent instinctivement ce rituel de l’obscurité, celui des voix d’avant le sommeil, toutes lumières éteintes. Il n’y a plus celle de la mère, ses injonctions pour dire que cela suffit, qu’il est tard, qu’il faut dormir maintenant.


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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « back to basics, 7 | aller chercher la voix des vivants » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.





mardi 13 septembre 2016

La clameur du petit cirque s’était tue (Back to basics 5 | la route rouge de Rimbaud)




Sur la place, la clameur du petit cirque s’était tue. Le silence et le rituel tintement, balise du temps qui passe, au clocher de l’église, avaient repris leurs droits.

La veille, le clown a rangé son nez rouge dans la boîte à maquillage et l’auguste son chapeau blanc conique dans son carton, les acrobates ont démonté avec précaution le trapèze et le trampoline, le funambule a minutieusement enroulé son fil, l’écuyère a plié soigneusement son costume pailleté dans la valise bleue,... Dans la douce lumière dorée du soleil vespéral, ils ont démâté puis enroulé le petit chapiteau rouge et jaune. Entre chien et loup, juste avant que n’apparaisse le halo bleuté de la lune, ils ont chargé tout le matériel dans le grand camion.

A l’aube, ils ont conduit leur modeste ménagerie dans les cages. Dans le petit matin blanc, ils ont attachés les longues caravanes aux grosses voitures ; les portières ont claqué.

Dans l’éclat verdâtre des réverbères, ils passent devant l’église. La lumière éclaire faiblement la fillette qui a passé quelques jours dans l’école du village. Derrière la vitre, son visage est illuminé par un sourire. Sur ses genoux, la petite volière avec les colombes de son père, le magicien. Elle emporte un peu de la chaleur des bras d’une fillette gadji qui lui a accordé son amitié malgré la peau couleur acajou, la saleté et la robe défraîchie.

Ils partent vers un autre bourg. Reviendront-ils l’an prochain ? Sera-t-elle encore avec eux ? L’empreinte d’une main à la peinture rouge esquissée dans les toilettes du préau est-elle un signe laissé à l’intention de son amie ?



Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « back to basics, 5 | la route rouge de Rimbaud » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.




mardi 6 septembre 2016

« Vous qui passez sans me voir... »





© Dominique Hasselmann





« Vous qui passez sans me voir... »


Dans la lumière humide d'avril,
il passe, il ne me voit pas
de toute façon, il ne me regarderait pas
il détournerait les yeux.
Il fixe sa tablette tout en marchant,
il se croit connecté…
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Aujourd'hui, moi, j'ai déconnecté,
je suis resté sous la tente,
fragile esquif au cœur de la ville,
bulle où commence la contrée nommée exclusion,
il ne veut pas en franchir la frontière,
ne serait-ce que d'un regard…
Je suis l'incarnation de ses pires craintes.
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A louer, la pancarte est là depuis des semaines...
Quelqu'un s'est-il dit une seule fois :
celui qui est assis sur le seuil,
celui qui est allongé sous la tente,
d'autres aussi
pourraient y trouver un abri de fortune.
C'est sûrement pas chauffé
mais au moins, ils auraient un toit sur la tête…
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N'ont-t-ils pas plutôt pensé
Allez wake up, bouge-toi feignasse
T'as deux bras, deux jambes...
Je suis une vie qui ne compte pas,
pas même une ombre de la rue.
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Je suis le spectateur de leurs vies,
nos quotidiens sont deux mondes même pas parallèles...
Je ne suis pas l'invisible,
je suis l'invu, l'inregardé.
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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Métronomiques », le blog de Dominique Hasselmann, dans le cadre des Vases Communicants de mai 2016.