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mardi 22 novembre 2016

Fall mourning








La nuit d’obsidienne a laissé place à l’aube. Dans le soulèvement de la brume, l’horizon, rincé par la pluie, s’aquarelle. Les arbres dévêtus de leur parure d’été portent le deuil à leur pied. La lumière du soleil se diffracte sur les feuilles humides diaprant l’air de tessons aux nuances opalines.

Au bord de la semaine, se reposer… un autre matin, une autre promenade au bord de la rivière du deuil. Seule, devant la fenêtre, écouter le gazouillement des mésanges, chercher le réconfort dans le fredonnement du vent. Une larme coule sur la vitre. Frôlement de ses douces ailes. Souffle, murmure...




mercredi 2 novembre 2016

Tanka mélancolique : Poème court




Par-delà la brume
que nul regard ou lumière
ne peut traverser,
ta voix que j'ai crue éteinte
nous encourage et rassure.


Bande-son (Musique du Japon Impérial : Rokudan)

 



Ce texte a été publié pour la première fois dans le cadre d'une dissémination sur le thème « Ecrire le temps ».

mardi 27 septembre 2016

Dans cet éternel présent de nos regards...




Entends-tu ? Entends-tu nos voix qui se sont tues ? Entends-tu derrière nos voix l’étendue du silence qui nous sépare ? Vois-tu dans cet éternel présent de nos regards le lien qui nous unit, maintenant que tes yeux se posent sur nous ?


Toi, la petite fille sur cette photo, ta voix je l’ai entendue, tu étais ma grand-mère. Nous avons passé de longs après-midis ensemble, tu m’as appris à tricoter et à broder. Nous avons beaucoup bavardé, tu as souvent évoqué la Seconde Guerre mondiale et l'enfance de ma mère et de mes deux oncles.
Mais de l'époque de cette photo, jamais nous n'avons parlé ; moi, je n’ai pas posé de question sans doute par timidité ou crainte de t'attrister ; toi, tu n'as rien dit sans doute par pudeur ou parce que la blessure n'était pas totalement refermée. Ce que je sais de ce temps-là, c’est ma mère qui me l’a raconté.

La piqûre de l’Épine noire –celle du prunellier- la septicémie, la mort de ton père… alors que tu n'as que quatorze ans. Tu me parais pourtant bien petite, ici, entre tes deux frères. Tu t'agrippes à la main de l'un comme pour ne pas sombrer et tu t'appuies sur le genou de l’autre comme pour trouver un appui pour l'avenir.

Et puis derrière, la mère, cette figure tutélaire, c’est mon arrière-grand-mère ; elle, je ne l’ai pas connue. C'était une maîtresse femme -on ne dit plus cela aujourd'hui- qui a décidé de continuer la tâche de son mari et a repris la ferme avec le plus âgé de ses fils. Elle a travaillé avec obstination et ténacité. Elle vous a aimé, certainement comme on aimait alors ses enfants, avec distance et retenue. Elle vous a conduit vers l'âge adulte avec autorité et bienveillance, s'acquittant à la fois du rôle du père et de celui de la mère. Puis chacun des enfants s'est marié et a suivi son propre chemin mais ils restèrent fort attachés les uns aux autres et les liens entre leurs enfants furent plus de frères et sœurs que de cousins et cousines.

Oui, j'entends vos voix... Je devine sur le visage des uns la tristesse et la mélancolie, sur celui des autres la détermination et la résolution ; parfois ces sentiments entremêlés.
Toute votre vie est inscrite dans cette photo solennelle qui m'est parvenue par le biais de trois générations de femmes, de maîtresses femmes.
Que m'avez-vous légué ? Des valeurs que je porte parfois contre vents et marées, et qui me fondent et me constituent en partie.



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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Chronique des pas perdus », le blog de Sylvie Pollastri, dans le cadre des Vases Communicants davril 2016.
Quand nous avons commencé à parler de cet échange, Sylvie Pollastri m'a envoyé une photo ancienne… Cela m'a tout de suite fait penser à cette photo de famille que je gardait, avec quelques autres, dans un carton près de mon bureau depuis plus de deux ans. Je souhaitais écrire à partir de celles-ci, cet échange aura été le déclic d'une première tentative.
L'incipit, et donc le titre, sont de Sylvie que je remercie une fois encore.





mercredi 25 février 2015

Dissémination du 27 février 2015 : « La Chronique : Ecrire le temps »

Quand Noëlle Rollet (@selenacht) m'a proposé de participer à cette dissémination, j'ai presque immédiatement pensé à la série de textes de Lambert Savigneux (@lamazezen) intitulée « De l'eau sous le menton : Carnet de note japonais » que j'avais lus en suivant le courant de l'année 2014.

Je les ai relus et mon choix s'est arrêté sur la publication qu'il a consacrée à Chigusa Soun (1873-1944) le 5 février 2014 ; un an déjà avait passé…

L'auteur m'a aimablement autorisée à disséminer ce texte malgré l'imprécision de ce que je comptai faire à partir de son travail : je vais essayer d'écrire avec deux contraintes : utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans votre texte, deux ou trois poèmes de formes "fixes" japonaises et/ou occidentales.

Je le remercie ici de son amitié toute « twitte(re)sque » et de sa confiance.


Chigusa Soun (1873-1944)

S’il n’avait peint que cette encre, Chigusa Soun aurait pu s’asseoir content, son coup de pinceau lui a gagné l’éternité. J’ai le même sentiment qu’avec les études à la gouache de Constable. Une peinture qui soudainement apporte tout. D’emblée la plénitude du paysage dans la brume ou sous la pluie, la densité et la légèreté de la lumière et les odeurs que l’eau ravive, la terre enfin vivante quand elle est mouillée que montent les nuées et que l’encre et le lavis du papier se mettent à parler de la peinture à venir sans rien tenter de décrire, la sûreté seulement du pinceau et sans que rien ne l’ai laissé présager. L’artiste japonais occupé à dessiner des fleurs, à faire de son mieux en suivant les enseignements stricts et attaché à la tâche, ne l’a pas vu venir, comme d’autre avant lui, il s’est oublié et d’un seul coup à laissé entrer l’encre et le papier. Des siècles de travail et la fulgurance de la compréhension intime du monde. Un zeste de zen au moment où le travail s’interrompt. 

Il faut oublier cette impression de fulgurance géniale. Soun n’est pas n’importe qui. C’est élève de Takeushi Seiho, l’un des maître les plus importants du Nihon ga, littéralement peinture japonaise, cherchant à unifier dans cette fin de l’ère Meiji, l’essence de la peinture japonaise avec le développement de la modernité occidentale, recherchant la peinture japonaise par excellence.
Mais Chigusa Soun fut animé par une volonté radicale de changement dans la vision japonaise de la peinture, en cela il diffère de beaucoup. L’on est frappé en découvrant ces œuvres de la matière brute, où le monde est dépeint sans le moindre recours à une sorte d’esprit de sympathie, il n’y a pas de recul ou d’estrangéité entre le monde et moi, est il de même essence, dépouillé de l’esthétisme et comme regardant sans complaisance le  monde par des yeux qui ne transigent pas, marquent la perception dans la peinture ou l’encre. Sans raccourcis. C’est cela que nous apercevons dans ces peintures, peu de peintres au Japon ont pratiqué la peinture à l’huile de façon frontale, comme si cela était primordial de puiser dans la réalité sans fard les épuisements et les ressources d’un monde dans sa matérialité énergisante.




C’est cela, sans doute, qui nous rend cette encre si proche, ce détail qui pourrait être l’œuvre elle même, synthèse de l’art de l’encre, sa finesse, brutalité et densité d’une matière à même d’écrire l’essence de notre présence au monde, qu’un jour de brume dans les montagnes, nous percevons dans cette vapeur de l’eau qui monte avec nos corps et la vision estompée du paysage tout autours, habité et essentiel que l’oeil peut enfin tout embrasser. De plein pied dans l’humidité chargée du papier.



Chigusa Soun, dans sa quête de vérité et de renouvellement, fut aussi un progressiste attiré par le petit peuple et la promesse de d’une beauté cachée dans les recoins sans masque de l’humanité. Que se soit dans les traits fatigués d’une femme au travail, plus belle peut être que la beauté masquée, peinture de paysage sans verticalité ou un bosquet est choisi pour la beauté non particulière et comme anodine et qui pourtant résume sans bruit l’inénarrable que le monde a de vrai.
Chigusa Soun a choisi d’encrer son regard, déterminant une autre route peut être inhabituelle pour le Japon. sans chemin par le regard, l’encre ici parvient à la parfaite synthèse en restant muet sur les beautés idylliques et rejoignant les fastes de la calligraphie, l’on aperçoit les  vitalités du Sho.
                                                                                    


Pour cette dissémination, ma proposition était finalement la suivante :
Ecrire avec deux "contraintes" :
- utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans le texte. Voici donc les dix mots que vous pourrez retrouver dans les poèmes : modernité, plénitude, fulgurance, vapeur, promesse, regard, encre, lumière, odeurs et brume.
- créer à partir de deux formes fixes : un tanka et un pantoum.
Ces deux formes "parentes" permettent un entrecroisement thématique de l'observation du monde et de l'intimité qui se prête tout à fait à l'évocation "du temps qu'il fait", "du temps qui passe".
Au-delà des contraintes, je me suis aussi laissée porter par les deux encres et le diaporama que le texte accompagne.




TANKA M
ÉLANCOLIQUE 
POÈME COURT

Par-delà la brume
que nul regard ou lumière
ne peut traverser,
ta voix que j'ai crue éteinte
nous encourage et rassure.

Bande-son (Musique du Japon Impérial : Rokudan)

 


MODERNITÉ
PANTOUM MÉLANCOLIQUE

Assise seule sur le seuil,
Odeurs de l'automne en cohorte.
De l'enfance faire le deuil,
Pour toujours, refermer la porte.

Odeurs de l'automne en cohorte,
Signes des frimas à venir,
Pour toujours, refermer la porte
Sur la vapeur du souvenir.

Signes des frimas à venir,
Le soleil tamisé ravive
Sur la vapeur du souvenir
La promesse que demain vive.

Le soleil tamisé ravive
Les mots que l'encre bleue renoue,
La promesse que demain vive,
Que ta vie se reflète en nous.

Les mots que l'encre bleue renoue
Dans le ciel ; naît la certitude
Que ta vie se reflète en nous,
Fulgurance, la plénitude.

Dans le ciel, naît la certitude.
Le dernier chant du bouvreuil,
Fulgurance, la plénitude,
Assise seule sur le seuil.

Bande-son (Kaddish de Maurice Ravel)







samedi 6 décembre 2014

Merci Hélène Cixous pour vos mots...


Mais de même que maman était en route depuis des années avant le départ, de même elle pouvait être en train de me revenir depuis le loin pays inconnu où les maladies et les affaiblissements successifs l'avaient bannie.
Selon ma fille elle était devenue une autre, cette toute autre, après sa pneumonie, il y a de cela huit ans, elle y avait perdu ses traits principaux, l'agilité, l'équilibre, la rapidité, elle était morte et elle avait ressuscité de l'autre côté, vieille, vacillante, invalide, tout le contraire d'Eve mais je n'avais jamais enregistré cette métamorphose, je la voyais toujours dans mon esprit amoureux d'Eve d'avant, filer le matin au marché où elle avait cessé d'aller depuis huit ans...

Hélène Cixous, Homère est morte


Merci aussi à @ESchulthess, @BordsDesMondes, @CatiminiPlume et Roland Barthes 
dont les mots m'accompagnent sur le chemin du deuil.