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mardi 13 juin 2017

Operaria Dolorosa





C'est dimanche, je monte dans le métro, m'assied près d'une jeune fille. En face, deux hommes.

Elle gémit de douleur, elle a un bras en écharpe, une bande Velpeau pas très nette. Elle va travailler à Roissy, c'est le bout du monde. Elle refuse d'aller aux urgences, elle est en CDD depuis début mai, elle doit aller travailler ; si elle téléphone, on ne la croira pas.

Ce mal de bras, c'est vraisemblablement une tendinite ; il lui faudrait juste des anti-inflammatoires. Malgré notre insistance, elle s'entête à aller jusqu'à Roissy. Je lui propose deux gélules contre la douleur. Ni elle ni moi n'avons de l'eau pour qu'elle puisse les avaler. Je les glisse dans la poche de son blouson, pour plus tard.

Le jeune homme en face de moi me dit que "c'est gentil". Ce qu'il faudrait, c'est être plus persuasive, la conduire, même de force, à l'hôpital. Je n'oserai pas.
Déterminée, elle ne peut envisager de prendre soin d’elle, de se garder du mal. La jeune fille aux douleurs ira jusqu'à Roissy pour ne pas perdre un travail si précaire et pourtant vital.


C’était en mai 2011, bien avant la loi T…







mardi 6 septembre 2016

« Vous qui passez sans me voir... »





© Dominique Hasselmann





« Vous qui passez sans me voir... »


Dans la lumière humide d'avril,
il passe, il ne me voit pas
de toute façon, il ne me regarderait pas
il détournerait les yeux.
Il fixe sa tablette tout en marchant,
il se croit connecté…
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Aujourd'hui, moi, j'ai déconnecté,
je suis resté sous la tente,
fragile esquif au cœur de la ville,
bulle où commence la contrée nommée exclusion,
il ne veut pas en franchir la frontière,
ne serait-ce que d'un regard…
Je suis l'incarnation de ses pires craintes.
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A louer, la pancarte est là depuis des semaines...
Quelqu'un s'est-il dit une seule fois :
celui qui est assis sur le seuil,
celui qui est allongé sous la tente,
d'autres aussi
pourraient y trouver un abri de fortune.
C'est sûrement pas chauffé
mais au moins, ils auraient un toit sur la tête…
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N'ont-t-ils pas plutôt pensé
Allez wake up, bouge-toi feignasse
T'as deux bras, deux jambes...
Je suis une vie qui ne compte pas,
pas même une ombre de la rue.
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Je suis le spectateur de leurs vies,
nos quotidiens sont deux mondes même pas parallèles...
Je ne suis pas l'invisible,
je suis l'invu, l'inregardé.
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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Métronomiques », le blog de Dominique Hasselmann, dans le cadre des Vases Communicants de mai 2016.



samedi 30 avril 2016

Choses vues





Fragment du jour 1

Sur un bout de carton :
« J'ai faim, aidez-moi ».
Une femme s'assied près d'elle,
sort un sandwich de son sac.
Elle le partage, l'instant aussi.



Fragment du jour 2

Arrêt brusque du bus.
Péniblement, elle s'avance pour descendre ;
les courses sont lourdes dans le chariot.
Un collégien les dépose sur le trottoir.
Dans leurs regards, remerciements réciproques.



Fragment du jour 3

Elle trébuche sur le trottoir.
Il l'aide à se relever ;
il s'enquiert : « Ça va aller ? »
Oui… Il sourit.
Ils repartiront chacun de leur côté.



Fragment du jour 4

Face à l'évidence
de l'attention portée à l'autre,
de l'entraide fraternelle,
l'étonnement.
Pourquoi ?



Fragment du jour 5

C'est qu'des bêtes qu'ils disent...
Salon de l'Agriculture ?
Non, le Ministère du Travail !



Fragment du jour 6

Calais, destruction de la Jungle…
Expulsés de leurs abris de fortune,
des réfugiés se cousent la bouche.
Sont là des témoins : stupéfaction, non ingérence ou indifférence ?

« Now will you listen ? »



Fragment du jour 7


Consternation...





Ce texte a été publié pour la première fois sur « Sous mes doigts la pluie », le blog d’Olivier Savignat, dans le cadre des Vases Communicants de mars 2016.