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dimanche 20 juillet 2025

Tricher avec le hasard...

La photo que l'on a pas prise

Celle que l'on a perdue

Celle que l'on n'a pas comprise

[...]


La photo d'avant

Celle d'après, tu sais celle qui s'efface

Celle que l'on a déchirée

[…]

[Gaëtan Roussel, Camélia Jordana]


Ce matin, j’ai mis l’appareil photo dans mon sac en me disant « tiens, si je reprenais un compagnonnage avec celui-là ». C’est de nouveau un Panasonic, je l’ai depuis plus longtemps que je ne le croyais. La mémoire vive me joue des tours, pas celle de l’ordinateur, la mienne.

La prochaine photo, celle que je n’ai pas encore prise…

Aujourd’hui, les nuages ou la pluie à partir de mon balcon ?

Demain, en attendant chez le dentiste ?

La semaine suivante, par la fenêtre du train ?

Celle d’après, sur mon lieu de villégiature ?

Je sens qu’elle existe déjà dans mon regard mais je ne suis pas certaine d’avoir envie d’entendre le déclic qui va fixer le temps sur un instant.

Finalement, elle arrive plus vite que je ne le pensais, comme la sensation de maîtriser quelque chose qui n’aurait pas dû l’être, de tricher avec le hasard. Elle est prise avec mon téléphone dit intelligent, et c’est celle de l’appareil photo. Il est au-dessus du sac, pas au fond, c’est peut-être déjà un signe…

Sera-t-elle la première d’une nouvelle série documentant mon quotidien ou ne sera-t-elle qu’une photo qui en attend une autre pendant des jours voir des mois ?


Tiens, si je reprenais un compagnonnage avec celui-là (20 juillet 2025)


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Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ».

Jour 7 : Hier, vous avez écrit depuis la plus ancienne photo de votre galerie. Aujourd’hui, vous allez écrire depuis la prochaine photo qui rejoindra la galerie de votre téléphone. Pour le moment, elle n’existe pas, mais imaginez la prochaine, que vous allez prendre vous-même ou que quelqu’un va vous envoyer. Avant d’écrire, projetez une image dans votre tête et ensuite écrivez de la même manière que l’exercice précédent.

samedi 19 juillet 2025

Retrouver le goût…

 

En août 2007, j’achète un Panasonic FX-10. Depuis un peu plus d’un an, je suis la tatie d’un petit garçon à qui je rends visite très régulièrement ; je le prends en photo dans les moments partagés avec lui et ses parents. J’utilise des appareils photos jetables et j’en ai marre. Alors, j’achète ce tout petit appareil, il est léger, il tient dans un sac. Je ne sais pas encore qu’il ne quittera pas mon sac jusqu’à ce qu’il me lâche des années plus tard. Je ne sais pas encore que pendant des années je vais prendre des photos quasi quotidiennement documentant ainsi mes promenades au fil des lieux et des saisons, ma vie professionnelle et personnelle. Quelques semaines plus tard, je fais également l’acquisition d’un reflex mais c’est lourd et encombrant, sans compter qu’il y a plusieurs objectifs, qu’il faut en changer pour faire différents types de photos, ça devient moins spontané, moins pris sur le vif. Lui aussi va finir par me lâcher en 2020, en plein confinement. Un message indique qu’il faut aller chez le photographe pour la réparation ; or, le vrai photographe chez qui je l’ai acquis ne rouvrira pas les portes de sa boutique après la crise Covid.

 

Cette photo n’est peut-être pas la première prise avec cet appareil compact ni la première postée sur Flickr. Ce dont je suis certaine c’est qu’elle a été prise lors de ma première promenade photographique en bords de Marne, c’était à Maisons-Alfort où j’habitais alors. Je n’ai jamais su qui était l’auteur de ce buste, je le nomme « Le Cri » car il me fait penser, allez savoir pourquoi, au tableau d’Edvard Munch. Je l’ai photographié plusieurs fois. La photo qui exprime le mieux mon sentiment est celle prise sous la neige, en janvier 2009. Elle reflète à la fois ce que je ressens intérieurement et la sympathie que j’éprouve pour tout humain qui crie silencieusement ou pas, tout humain qui crie contre la misère, contre la violence, contre la guerre, contre tout ce qu’il ne veut plus subir.

 

Depuis la mort du Panasonic, j’ai eu plusieurs autres appareils compacts mais aucun ne m’a autant conquise, avec aucun je n’ai lié une telle complicité quotidienne, une telle intimité. La plupart du temps, ils restent sur la console de l’entrée sans que j’y prête attention ou que je me dise « tiens, si je reprenais un compagnonnage avec celui-là ». Et puis, il y a eu l’année 2020, elle a vraiment été une année d’assèchement, ne plus pouvoir sortir librement, aller où je veux quand je veux a mis un coup d’arrêt presque simultané à mon désir de photographier et à celui d’écrire. M’exprimer dans ce monde qui n’a pas eu d’après humainement, socialement et écologiquement acceptable moi m’a paru vain. Aujourd’hui, avec le défi d’été, je retrouve le goût des mots. Je vais peut-être aussi retrouver celui des images et ne plus me cantonner quasi exclusivement à des photos d’œuvres ou de détails qui me vont à l’âme ou au cœur lors des visites de musées ou d’expositions, retrouver le goût de la vie et des gens en sortant plus souvent à leur rencontre.

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Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ».

Jour 6 : Vous avez dans votre téléphone (si vous n’avez pas de téléphone, vous avez des photos dans des albums ou en vrac dans une boîte à chaussures). Prenez la plus ancienne photo présente dans votre galerie et écrivez un texte dessus, pas une description mais cherchez l’émotion qui se produit au moment où vous la regardez à nouveau.

 

jeudi 1 août 2019

À la mer…


Dans quelques mois, elle passera le bac. Le professeur d’histoire-géographie a proposé à la classe un voyage dans le Sud-Est. Elles sont plusieurs à avoir des échanges quelque peu houleux avec lui, selon son point de vue à lui juste des féministes et des gauchistes, pas besoin d’ajouter des adjectifs. Pourtant, elles partiront. Il y aura Nîmes, Arles, Aix-en-Provence, Avignon et surtout pour elle il y aura la mer. À la mer, elle n’est jamais allée. Pas vraiment réaliser un rêve, juste l’occasion d’une nouvelle expérience. Sur le globe terrestre dans la chambre qu’elle partage avec ses sœurs, elle a bien des fois fait glisser son doigt pour suivre les voyages des navigateurs et explorateurs ou pour chercher le lieu où se déroule l’intrigue d’un roman qu’elle lit. La mer était un horizon pour son imagination, pas pour son désir.

Aujourd’hui, elle ne sait plus dire où cela s’est passé mais elle se souvient toujours de l’émotion face à la mer, à son immensité, les premières sensations, le sable chaud et doux sous la plante de ses pieds, la première vague qui frôle ses chevilles, laisser couler le sable et l’eau entre ses orteils. Elle a emporté son maillot de bain mais au bain elle a renoncé. Elle n’a pas oublié de mettre l’écran total car elle a la peau très claire et redoute par-dessus tout les coups de soleil. Elle se souvient aussi d’avoir été un peu déçue, l’odeur, il n’y a pas l’odeur iodée à laquelle elle s’attendait, la mer est plate et calme, d’un bleu placide jusqu’à l’horizon ; toutefois, de l’horizon elle ne peut détacher son regard. Parfois, elle se dit qu’elle la connaît mal, la Méditerranée, qu’elle est injuste avec ses côtes et leurs paysages.
 
À la Grande bleue, elle préfère les eaux gris-bleu de la mer du Nord et de la Manche, les eaux bleu-vert et outremer de l’Océan. À la mer calme, elle préfère le mugissement des flots. Quelques années plus tard, elle découvrira ces rivages occidentaux, les vagues à la tête blanche roulant à perte de vue sous le ciel, l'odeur de l'iode, les vagues en mouvement, les ferries qui reviennent des îles anglo-normandes, les bateaux minuscules qui dansent sur les vagues et sur l’horizon, les oiseaux blancs qui déploient leurs grandes ailes, planant, plongeant soudainement vers l’eau et remontant dans l’azur un poisson dans le bec, au-dessus de la plage et des toits des villes, les criaillements des mouettes et des goélands.
Elle garde pourtant un souvenir émerveillé du golfe de Calvi après une nuit d’orage, les bleus et les verts se mêlant en une palette qui n’était pas sans lui rappeler celle de la côte d’Émeraude qu’elle aime tant. À la baignade, elle préfère toujours marcher au bord de l’eau, il y a le moment où à la limite entre plage et vague, entre sable et eau, le sac et le ressac déposent des cailloux lissés par le flux et le reflux, des coquillages nacrés par l’alchimie de l’eau et du vent. Elle déchiffre les dessins de l’écume et ceux laissés par la mer lorsqu’elle se retire, petits ruisseaux où se reflètent les ciels, se faufilent les crabes, se dispersent les coquillages, les algues et les déchets abandonnés par les humains.

 
Elle n’est pas du matin, elle a vu plus de couchers que de levers de soleil, elle prétend même qu’une fois elle a vu le rayon vert. Elle a bien fait quelques promenades en mer mais elle n’a pas le pied marin, elle est comme attachée à la terre. Entre terre et mer, elle peut marcher des heures, remettant ses pas dans ceux du passé ou bien ouvrant des chemins encore inconnus d’elle. Elle s’assied, elle regarde, surtout écoute. Si la mer est pour elle une source d’éblouissements visuels, elle est aussi émerveillements pour l’oreille. Fermer les yeux et ne plus entendre que « la mer, toujours recommencée », ici ou ailleurs, en réalité ou dans l’imaginaire. Une première rencontre en demi-teinte ne laisse pas fatalement préjuger d’un avenir sombre.

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Merci à Frédérique Anne (Oser Écrire) pour son regard bienveillant et constructif.



jeudi 23 août 2018

Construire…

Construire…

Sable entre mes doigts,
Oblitération des possibles,
Unicité des stigmates,
Vaine mélancolie,
Entrave sentimentale.
Nuées, sombre.
Impressions fanées, sépia.
Reliques, passé.
Sous les souvenirs, construire...


Socle sous mes pieds,
Opportunité d'une brèche,
Universalité des aspirations,
Volonté farouche,
Essor sensible.
Nuances, clarté.
Images projetées, technicolor.
Reddition, l'à venir.
Sur les souvenirs, construire…

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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Même si », le blog d’Élise Lamiscarre dans le cadre de La Ronde de mai 2018.






jeudi 26 avril 2018

Dialogue bien entamé



- Livingston, I suppose ?
- Ouek, ouek… (Késako ?*)
- Bonjour, Jonathan.
- Kriou, kriou, kriou, kriou... (Le seul Jonathan que je connais, il est capitaine et il a un pélican).
- Je suis ici pour le festival...
- Ouek, ouek… (J’ai vu les prospectus mais ce qui m’intéresse c’est le sandwich, tu partages ?)
- J’ai lu tes aventures quand j’étais adolescent, tu es vraiment un étonnant voyageur.
- Kriek, kriek, kriek… (Pfff ! Vous me bassinez avec ces histoires. Allez, file-moi z’en un morceau !!!)
- Le ciel est bleu, on est bien. Vas-y, montre-moi...
- Kwak, kwak, kwak… (Bois ta bière et donne-moi un bout du sandwich).
- Raconte-moi, apprends-moi...
- Aow, aow… (Assez noyé le poisson).

Le goéland se saisit du reste du sandwich et s’envole sans demander son reste.

Dialogue, photographie et traduction (*) en italiques : Marie-Noëlle Bertrand.


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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Voir et le dire, mais comment ? », le blog de Jean-Pierre Boureux, dans le cadre de La Ronde de mars 2018.






dimanche 7 mai 2017

Un dimanche (presque) comme les autres…



A une heure raisonnable, rituel de l’éveil tel que décrit il y a bientôt un an. Une seule chose a changé, la Craven A que l’on croyait immuable a été remplacée par la cigarette électronique.

Sortir...
Sur le chemin de l’aller prendre quelques photos dont celle qui sera destinée au #365DaysChallenge, « Red Tears ».

 
Faire les courses, le marché et aller voter, sans en faire la publicité sur les réseaux sociaux.


Pour déjeuner, des navets nouveaux et leurs fanes accompagnés d’une sauce crème d’avoine et curcuma.




Imperméabiliser les nouvelles chaussures pour être prête dès demain matin…

Dans tous les cas, dès demain matin... pic.twitter.com/wzTzsVHffo

Un peu de lecture, difficile de se laisser happer, la tête ailleurs...


Le plat de féculents et légumes pour dépanner les soirs où je rentre tard est prêt lui aussi.


Tea time -crumble et thé à l’amande- et coup d’œil distrait, ça c’est inhabituel, sur ma TL…



Vers 19h45, allumer la télévision, pour ne pas rater ça…


Puis l’éteindre pour ne pas voir et entendre la suite...







mardi 18 avril 2017

En descendant le boulevard Magenta avec la nuit


En descendant...

...le boulevard Magenta
victoire d’un Napoléon
pas le grand, le petit

mânes d’Haussmann omniprésentes
quintessence maléfique
aménagement d’un grand Paris
bannissant misère et plèbe aux confins
élargissant les boulevards
pour la garde et les canons
contre les émeutiers et les barricades

détruire construire

marcher avancer descendre
se projeter et se retourner


 
Louxor d’abord
c’était au temps du cinéma muet
les bouis-bouis la mal-bouffe
sur le chemin
exotisme de pacotille

des magasins où s’exposent
des tenues pour les mariages
du rêve à bon marché

destinations plus proches
pas moins pittoresques
vers le Nord et l’Est
deux gares y invitent
des brasseries y encouragent



ici ou là affleure un quotidien possible
grandes enseignes alimentaires
halle du marché au-delà des reflets
discerner étals et foule des grands jours

du portail de l’église
la sainte trinité
surveille les passants


veilleurs centenaires des façades
veilleurs quotidiens des halls d’hôtel
celui-là cycliste qui veille sur moi
quand un malappris m’insulte

au mur s’accroche une cigogne
jamais ne verra Colmar
ni ne survolera l’Ill


un jardin associatif
Emmaüs y accueille les sans-logis
eux en offrent un aux insectes


 
l’ombre et la lumière
jouent des espaces et du temps
dessinent du rêve et de l’évasion

imaginer une République triomphante
la découvrir aux couleurs
de l’égalité, de la liberté, de la fraternité

...avec la nuit

rejoindre le métro, prendre la ligne 8 et rentrer à Créteil



Ces textes et photographies, prises le 19 février, ont été publiés pour la première fois sur le blog de Giovanni Merloni (Le portrait inconscient), dans le cadre des Vases Communicants de mars 2017.











samedi 15 avril 2017

Trouvaille...





Septième, et dernier, jour de participation au challenge photos de la nature lancé par Marie-Christine Grimard et que m’a proposé Françoise Gérard.Uniquement des photos prises par moi, c'est le but du jeu. Je nomme aujourd'hui, si elle le veut bien Christine Simon qui devra chaque jour partager une photo prise et choisie par elle sur le thème de la nature. Bien sûr... totale liberté à elle d'accepter ou pas !


© Marie-Noëlle Bertrand



Trouvaille...

Modeste trouvaille.
La poésie du hasard,
née de la marée.











vendredi 14 avril 2017

Avant-goût...



Sixième jour de participation au challenge photos de la nature lancé par Marie-Christine Grimard et que m’a proposé Françoise Gérard. Uniquement des photos prises par moi, c'est le but du jeu. Je nomme aujourd'hui, s'il le veut bien Dominique Autrou qui devra chaque jour partager une photo prise et choisie par lui sur le thème de la nature. Bien sûr... totale liberté à lui d'accepter ou pas !


© Marie-Noëlle Bertrand





Avant-goût...

Avant-goût d’un monde.
Abri-bulle pour nature
en convalescence.










jeudi 13 avril 2017

Fragile...



 
Cinquième jour de participation au challenge photos de la nature lancé par Marie-Christine Grimard et que m’a proposé Françoise Gérard. Uniquement des photos prises par moi, c'est le but du jeu. Je nomme aujourd'hui, s'il le veut bien L’Autre Hidalgo qui devra chaque jour partager une photo prise et choisie par lui sur le thème de la nature. Bien sûr... totale liberté à lui d'accepter ou pas !


© Marie-Noëlle Bertrand


Fragile...

Pâle lueur fraîche.
L’éphémère plumet blanc
demeure, fragile.