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vendredi 15 septembre 2017

Accent(s) : Ronde de septembre avec Dominique Autrou




Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Accent(s) ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Pour ma première participation, j'ai le plaisir de recevoir Dominique Autrou, qui m’a invitée à rejoindre cette Ronde de septembre. Il est l’auteur du blog « La distance au personnage ».
Quant à Marie-Christine Grimard, elle accueille mon texte sur le sien : « Promenades en Ailleurs ».
Merci à tous les deux, à tous ceux qui font la ronde et à leurs lecteurs.

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Une attitude, un geste, le regard brusquement noyé d’un éclat de rire
Une langue dans laquelle je suis né, son accent immémorial
musical, l’accent tonique au rebond élastique

Une géographie linguistique, vraie langue autrefois
désormais folklorique, esthétisante ou revendicative
Pas morte, survivante
impuissante

Je n’ai pas souvenance de sa voix en particulier
de son accent, seulement
Plus précisément la hauteur des voyelles nasales
la cuisine en résonnait

Sur la toile cirée, une cafetière
Ouest-France, ouvert aux pages du feuilleton
des chroniques, du fait-divers et du carnet
Un verre de vin, les mots de la nuit
souvent prémonitoires

J’ai entendu, depuis
bien d’autres voix, d’autres accents
touché bien d’autres corps, d’autres cordes

En écoutant Palestrina, l’autre soir
j’ai retrouvé le son de sa voix
vierge, rembobiné
dans la bouche même d’un cornet à bouquin

(il est vrai qu’elle lisait beaucoup
à voix haute, à voix donnée)
Oh ! ce moment

Un trouble m’envahit
Essayai-je, indéfiniment
d’étreindre la même voix
ou de posséder, insensé
un accent définitivement tu ?

La sensation s’évapore
Pardon ! mes tendres aimées

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En ce 15 septembre de l’an de grâce 2017, entrent dans la ronde des « Accent(s)...

Dominique Hasselmann chez Élise : Même si
Élise chez Hélène Verdier : simultanées
Hélène chez Noël Bernard : talipo
Noël chez Dominique Autrou : ldap
Dominique A. chez Marie-Noëlle Bertrand : Éclectique et dilettante
Marie-Noëlle chez Marie-Christine Grimard : Promenades en Ailleurs
Marie-Christine chez Franck : à l'envi
Franck chez Jacques : jfrisch
Jacques chez Giovanni Merloni : le portrait inconscient
Giovanni chez Dominique H. : Métronomiques
etc.





mercredi 2 novembre 2016

Tanka mélancolique : Poème court




Par-delà la brume
que nul regard ou lumière
ne peut traverser,
ta voix que j'ai crue éteinte
nous encourage et rassure.


Bande-son (Musique du Japon Impérial : Rokudan)

 



Ce texte a été publié pour la première fois dans le cadre d'une dissémination sur le thème « Ecrire le temps ».

mardi 27 septembre 2016

Dans cet éternel présent de nos regards...




Entends-tu ? Entends-tu nos voix qui se sont tues ? Entends-tu derrière nos voix l’étendue du silence qui nous sépare ? Vois-tu dans cet éternel présent de nos regards le lien qui nous unit, maintenant que tes yeux se posent sur nous ?


Toi, la petite fille sur cette photo, ta voix je l’ai entendue, tu étais ma grand-mère. Nous avons passé de longs après-midis ensemble, tu m’as appris à tricoter et à broder. Nous avons beaucoup bavardé, tu as souvent évoqué la Seconde Guerre mondiale et l'enfance de ma mère et de mes deux oncles.
Mais de l'époque de cette photo, jamais nous n'avons parlé ; moi, je n’ai pas posé de question sans doute par timidité ou crainte de t'attrister ; toi, tu n'as rien dit sans doute par pudeur ou parce que la blessure n'était pas totalement refermée. Ce que je sais de ce temps-là, c’est ma mère qui me l’a raconté.

La piqûre de l’Épine noire –celle du prunellier- la septicémie, la mort de ton père… alors que tu n'as que quatorze ans. Tu me parais pourtant bien petite, ici, entre tes deux frères. Tu t'agrippes à la main de l'un comme pour ne pas sombrer et tu t'appuies sur le genou de l’autre comme pour trouver un appui pour l'avenir.

Et puis derrière, la mère, cette figure tutélaire, c’est mon arrière-grand-mère ; elle, je ne l’ai pas connue. C'était une maîtresse femme -on ne dit plus cela aujourd'hui- qui a décidé de continuer la tâche de son mari et a repris la ferme avec le plus âgé de ses fils. Elle a travaillé avec obstination et ténacité. Elle vous a aimé, certainement comme on aimait alors ses enfants, avec distance et retenue. Elle vous a conduit vers l'âge adulte avec autorité et bienveillance, s'acquittant à la fois du rôle du père et de celui de la mère. Puis chacun des enfants s'est marié et a suivi son propre chemin mais ils restèrent fort attachés les uns aux autres et les liens entre leurs enfants furent plus de frères et sœurs que de cousins et cousines.

Oui, j'entends vos voix... Je devine sur le visage des uns la tristesse et la mélancolie, sur celui des autres la détermination et la résolution ; parfois ces sentiments entremêlés.
Toute votre vie est inscrite dans cette photo solennelle qui m'est parvenue par le biais de trois générations de femmes, de maîtresses femmes.
Que m'avez-vous légué ? Des valeurs que je porte parfois contre vents et marées, et qui me fondent et me constituent en partie.



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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Chronique des pas perdus », le blog de Sylvie Pollastri, dans le cadre des Vases Communicants davril 2016.
Quand nous avons commencé à parler de cet échange, Sylvie Pollastri m'a envoyé une photo ancienne… Cela m'a tout de suite fait penser à cette photo de famille que je gardait, avec quelques autres, dans un carton près de mon bureau depuis plus de deux ans. Je souhaitais écrire à partir de celles-ci, cet échange aura été le déclic d'une première tentative.
L'incipit, et donc le titre, sont de Sylvie que je remercie une fois encore.





mardi 20 septembre 2016

Dans l’obscurité, choeur bruissant… (Back to basics, 7 | aller chercher la voix des vivants)





Dans une chambre : un cosy, un petit lit et un grand lit où elles dorment à deux. Elles sont quatre donc. On leur a dit d’éteindre la lumière ; il est tard, il faut dormir. Dans le noir, les corps disparaissent, ne restent que les voix. L’horizontalité et l’obscurité métamorphosent ces voix, ce ne sont pas les voix du jour : elles viennent de la poitrine, elles sont plus graves, certaines se font plus sombres.
Ces quatre voix se mêlent dans le secret de la chambre, quatre voix d’enfants, quatre voix de fillettes… quatre voix comme une seule, chœur bruissant… Temps suspendu des confidences et des confessions, celles qui ne supporteraient pas la lumière du jour.
Parfois un éclat de voix, un rire étouffé attirent l’attention de la mère dans la chambre toute proche. Elle dit qu’il est temps d’arrêter. C’est le signal...

Les murmures s’échelonnent, les balbutiements deviennent de moins en moins cohérents, les mots incompréhensibles ; une à une, les voix s’éteignent emportées par le sommeil… remplacées par des soupirs, des ronflements ou juste un souffle régulier. Au cœur de la nuit, il arrive que l’une des quatre gamines parle en dormant. Se manifeste alors une voix d’outre-sommeil, venue d’ailleurs, d’un autre monde peut-être, celui de l’inconscient, des oracles, des craintes, tourments et angoisses, des joies aussi.

L’écho de ce chœur résonne aujourd’hui encore lorsque, par les hasards de la vie, ces quatre voix dispersées se retrouvent, si ce n’est au complet au moins à deux, pour dormir dans une même chambre.
Ces voix ont changé, les timbres et les intonations sont différents mais elles retrouvent instinctivement ce rituel de l’obscurité, celui des voix d’avant le sommeil, toutes lumières éteintes. Il n’y a plus celle de la mère, ses injonctions pour dire que cela suffit, qu’il est tard, qu’il faut dormir maintenant.


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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « back to basics, 7 | aller chercher la voix des vivants » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.