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dimanche 4 janvier 2026

Page 66 - « Eva essaya de convaincre Karel de ne pas gâcher la soirée... »

Eva essaya de convaincre Karel de ne pas gâcher la soirée qu’ils attendaient tous depuis longtemps. La famille était réunie autour de la table de Noël pour la première fois que les enfants depuis que les enfants avaient quitté le foyer familial pour partir faire leurs études à l’étranger. Karel, s’il avait cherché à saboter l’ambiance, n’aurait pas fait mieux. À peine Jan et Irina, sa petite amie, puis Aneta avaient-ils franchi la porte de la maison, qu’il avait commencé à leur lancer des piques et au fil de l’apéritif à leur faire des reproches. Ils les avaient laissés tous les trois à table pour venir à la cuisine verser la traditionnelle soupe de poissons dans la soupière. Eva fusille son mari du regard avant dans lui asséner sans monter le ton pour ne pas être entendu du salon :

- Décidément, tu ne changeras jamais, tu penses toujours qu’en partant à l’étranger ils ont déserté, qu’ils auraient dû rester ici pour construire leur pays.

- Parce que tu crois que c’est ce que je pense… Franchement, tu ne comprends rien à ce que je ressens.

- Ce n’est pas le moment d’en parler, dit-elle en versant la sauce sur la salade et le plat de tomates anémiques qu’elle a préparés pour accompagner la soupe. Allez, viens, on y retourne et tâche de passer à autre chose. Montre un peu d’intérêt pour leur vie et ce qu’ils font.

Ils prennent les plats, lui, pousse la porte de la cuisine du pied et dépose la soupière au milieu de la table et commence à servir les convives. La conversation reprend, l’atmosphère se détend. Quand arrivent sur la table la traditionnelle carpe panée et sa salade de pommes de terre, les jeunes gens se remémore les repas de leur enfance et évoque la nostalgie que le déracinement a fait naître. Aneta, leur fille, finit par confier combien ses parents et l’ensemble de la famille lui manquent. Jan est plus discret sur ses sentiments, il les remercie cependant de lui avoir permis de partir pour faire ses études. Il exprime son enthousiasme pour l’université où il est inscrit et les professeurs qui y enseignent. Il regarde Irina avec tendresse et dit à ses parents combien il est heureux de l’avoir rencontrée dans un cours de thermodynamique qu’ils suivent tous les deux. Ils s’aiment et ils ont l’intention de se marier une fois leur diplôme obtenu. Aneta ajoute qu’elle reviendra peut-être au pays pour y travailler.

Eva est émue par ces confidences et Karel comprend qu’il s’est trompé sur ingratitude et l’indifférence de ses enfants. Quand ils vont à la cuisine pour préparer le café et chercher les cukrovi et la brioche tressée, ils prennent le temps de s’enlacer et de s’embrasser.

- Merci. Je suis soulagé de tout le poids que je portais depuis leur départ. Merci de m’avoir dessillé les yeux.

- Merci à toi de t’être apaisé et de les avoir écoutés.

Le repas se termine dans la joie et les rires.

Quelques jours plus tard, quand les trois étudiants repartent après avoir passé les fêtes de fin d’année en famille, le père qui les dépose à l’aéroport, les serre dans ses bras et, les larmes aux yeux, leur dit simplement « À bientôt ».

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Milan Kundera – Le livre du rire et de l’oubli – Gallimard (Folio)

Page 66 - « Eva essaya de convaincre Karel de ne pas gâcher la soirée qu’ils attendaient tous depuis longtemps. »

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Sur le fil Whatsapp du Défi d’été 2025, Guillaume avait proposé un défi pour le mois de novembre : « Prendre chaque jour un livre dans notre bibliothèque puis partir de la ligne 3 de la page 66 pour écrire un texte. » En période de travail alors, je n’ai pas pu m’engager dans ce mois d’écriture. Je ne me souviens plus des consignes supplémentaires mais j’ai utilisé celle-ci « Partir de cette ligne 3 pour écrire un court texte ou un fragment. » Pendant les 15 jours de ce congé de fin d’année, je suis arrivée à publier un texte chaque jour sur ce blog. Merci à Guillaume pour l’idée et au groupe pour son soutien tacite.

samedi 3 janvier 2026

Page 66 - « Pour une fois que j’avais un visiteur convenable. »

- Pour une fois que j’avais un visiteur convenable. Regarde-moi quand je te parle.

Tony ose à peine lever les yeux vers sa sœur, Marilyne ?

- Pour une fois que j’avais un visiteur convenable, il a fallu que tu viennes tout gâcher en débarquant à même pas midi déjà à moitié soûl. Comment veux-tu que j’arrive à m’établir dans la vie, à trouver un travail correct et un mari honorable pour fonder une famille digne de ce nom.

- Tu veux dire que tout est de ma faute, mais je suis ton frère ! Ta seule vraie famille depuis que papa et maman sont morts.

- Arrête, s’il te plaît. Arrête de gémir sur toi-même. Arrête de tout ramener à toi. Je n’ai pas besoin de toi, je veux construire ma propre vie sans avoir à te traîner comme un boulet. Tu devrais faire pareil au lieu de noyer ta raison à force de boire.

- Pourquoi es-tu si désagréable avec moi. Tu sais très bien que je ne sais rien faire, que je n’ai appris aucun métier.

- Ah, oui ! Tu as toujours été un bon à rien. Tant que maman a été là pour veiller sur toi et papa pour te filer du fric quand tu étais à sec, ça marchait sur des roulettes pour toi. Tu crois que j’étais dupe ? Détrompe-toi !

- Oh ! Eh ! Tu as toujours été jalouse de moi et…

- Comment peux-tu dire ça ! Je dois vivre ma vie et la conduire comme je l’entends et tant que tu débarques à l’improviste comme tu viens encore de la faire, je n’y arriverai pas. Tu as vu dans quel état tu es. Je ne parle pas que de l’alcool, tu as vu ta tête et l’état de tes vêtements. Depuis combien de temps n’as-tu pas pris une douche ? Quand as-tu fait une lessive pour la dernière fois.

- Arrête de m’accabler ainsi. Je ne pourrai jamais m’en sortir tout seul. J’ai besoin de toi, moi.

Elle l’a invité à s’asseoir avec elle sur le canapé pour parler calmement et sereinement.

- Combien de fois as-tu tenu ce discours depuis cinq ans que nos parents sont morts ? Combien de fois m’as-tu promis que tu arrêterais de boire ? Je t’ai aidé à prendre un petit appartement quand tu as trouvé un job, tu t’es remis à dépenser le peu d’argent que tu gagnais pour t’enivrer et tout est tombé à l’eau.

- Marilyne, je te jure, cette fois-ci, j’arrête pour de bon ; j’ai rejoint un groupe d’aide pour me soigner, je suis également une thérapie qui devrait me permettre de sortir de l’impasse dans laquelle je me suis empêtré, j’ai aussi trouvé une structure qui va m’accompagner dans ma démarche et m’aider à m’insérer. J’ai besoin de ton concours et de ton soutien pour réussir.

Elle l’a regardé d’un air triste et désolé.

- Tony, je crois que tu es bien entouré en ce moment, ce serait mieux que nous arrêtions de nous voir jusqu’à ce que tu ailles mieux… et que de mon côté, j’aie pu me stabiliser dans ma vie professionnelle et personnelle. Après, nous verrons…

Il s’est alors levé, il l’a embrassée et il est parti sans rien ajouté. Depuis, il n’est plus revenu et elle n’a pas eu de nouvelles. Elle doit bien s’avouer que ses visites lui manquent même si en ce temps-là, elle le considérait vraiment comme un boulet, même si aujourd’hui elle n’avait aucun regret concernant les propos qu’elle avait tenus ce jour-là.

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Joseph Kessel – Le Lion – Gallimard (Folioplus)

Page 66 - « Pour une fois que j’avais un visiteur convenable. »

© UggBoy♥UggGirl


 

vendredi 2 janvier 2026

Page 66 - « Les regards luisaient ; on avait bu beaucoup. »

Les regards luisaient ; on avait bu beaucoup. Julien s’est levé en titubant et a attrapé Aurélie par le bras l’entraînant dans les escaliers puis dans la chambre dont il a claqué la porte. Nous attendons qu’il redescende mais il n’en est rien. Nous nous regardons, il me semble que personne ne sait quoi faire. Ce que tout le monde sait par contre, c’est que Julien peut être violent quand il est ivre. Si certains espèrent qu’il va simplement s’écrouler sur le lit à côté d’Aurélie, d’autres envisagent le pire. Comme dégrisée d’un seul coup, je suis de ceux-là. Je les dévisage tour à tour, Xavier finit par dire « Allez, viens, on y va Anaïs ».

À notre tour, nous montons les escaliers, nous n’entendons aucun bruit. Nous frappons discrètement à la porte de la chambre, pas de réponse, nous insistons. C’est à ce moment-là que nous entendons le cri d’Aurélie. Heureusement, dans sa précipitation, Julien n’avait pas tiré le verrou et nous entrons sans mal. Il la maintient fermement sur le lit en pesant sur elle de tout son poids et tente de l’empêcher de crier appuyant sa main sur sa bouche. Elle cherche à le mordre et se débat pour essayer de lui échapper. Nous nous efforçons de lui faire entendre raison afin qu’il arrête mais c’est inutile.

D’un geste, Xavier et moi convenons d’intervenir. Il saisit Julien par les épaules pour le tirer en arrière. J’en profite pour m’approcher d’Aurélie et l’aider à se relever. Je la soutiens jusqu’au couloir puis l’accompagne dans les escaliers. En bas, ils sont tous partis. Sur la table basse du salon, il ne reste que des verres vides ou abandonnés précipitamment. Dans un coin sont entassées la vingtaine de bouteilles que nous avons vidées. Sur la patère de l’entrée, ne sont plus pendus que la doudoune de Xavier et mon manteau. Ça pue le tabac froid et le shit. Alors que je réconforte Aurélie assise dans un fauteuil, nous entendons un début de lutte suivie d’une chute au-dessus de nos têtes. Puis plus rien jusqu’au « Putain merde » de Xavier.

J’interroge Aurélie du regard, elle me dit « Vas-y ». Je remonte dans la chambre. Julien est allongé par terre, il semble sans connaissance et saigne abondamment du crâne. Agenouillé près de lui, Xavier, en état de panique, me dit la voix tremblante « Il s’est jeté sur moi et a essayé de m’étrangler, je l’ai repoussé et il est tombé. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? » Je lui réponds calmement « On va appeler les secours, tu n’as rien à craindre, c’est juste un accident, presque de la légitime défense puisqu’il s’est attaqué à Aurélie d’abord, à toi ensuite » puis je vais chercher une serviette dans la salle de bains pour éponger le sang. « Reste près de lui. » Je rejoins Aurélie en bas, j’appelle les secours et lui raconte ce qui s’est passé dans la chambre. Des larmes commencent à couler sur ses joues, elle me demande un mouchoir que je lui tends, elle se mouche bruyamment mais ne s’arrête pas de pleurer. Quelques minutes plus tard, nous entendons la sirène des pompiers qui tournent au bout de la rue bientôt suivie par celle de la police.

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Guy de Maupassant – Boule de Suif – Gallimard (Folio)

Page 66 - « Les regards luisaient ; on avait bu beaucoup. »


 

jeudi 1 janvier 2026

Page 66 - « Tais-toi. Je te défends de parler de cela. »

« Tais-toi. Je te défends de parler de cela. » Jean se tient sous le regard sévère du père. Comment pourrait-il s’en échapper ? Comment enlever ce poids sur la poitrine ? L’orage gronde dans ses yeux, comment lutter contre les larmes qui montent dans les miens… Après que maman soit morte, il m’a envoyé en pension loin de la maison. Depuis, chaque fois que je rentre pour les vacances scolaires, il s’est toujours refusé à ce que nous abordions ensemble les mois qui ont précédé et les jours qui ont suivi la disparition de ma mère. Avec le temps, mes questions sans réponses pèsent de plus en plus lourd sur le fil de ma vie.

Lui se mure dans son silence enfermé me laissant errer dans la grande demeure à la recherche des traces qu’elle y a laissées. Enfermé dans son bureau, il n’en sort qu’au moment des repas pour réchauffer les plats préparés par la cuisinière qui vient deux fois par semaine. Du matin, lorsqu’il frappe à la porte de ma chambre à huit heures précises, au soir après le dîner où il m’intime l’ordre d’y retourner pour faire mes devoirs ou lire, nous ne partageons rien ; je ne demande pas des confidences, juste des discussions entre hommes comme disent mes copains d’internat.

Avant la mort de maman, nous ne parlions déjà pas beaucoup mais elle était là pour instiller un peu de gaieté et d’amour dans nos vies. Elle nous aimait et faisait tout pour que les moments passés en famille se déroulent sans heurts et dans une bonne entente. Mais lui, il s’est toujours désintéressé de moi, il était fou amoureux d’elle, il aurait voulu la garder pour lui seul, je n’étais qu’un intrus qui était venu s’immiscer entre eux deux. Tout au long de sa maladie, dans ses derniers jours, ses dernières heures même, elle a fait tout ce qu’elle a pu pour que nous nous rapprochions l’un de l’autre ; elle m’a confié à lui, lui laissant entendre qu’il devrait veiller sur moi et m’accompagner jusqu’à l’âge adulte. Il avait presque promis, aux minutes ultimes « Oui, je veillerai sur lui ». Elle était partie apaisée.

Sur ce que recouvrait la promesse de mon père à ma mère, je me le demande encore aujourd’hui. Il doit considérer que m’envoyer en pension dans un bon lycée, s’assurer que je ne manque de rien jusqu’à ce que mon avenir soit assuré est tout ce qu’il peut faire pour moi, plus il ne pourrait pas. Il pense certainement qu’ainsi il honore l’engagement qu’il a pris vis-à-vis de ma mère sur son lit de mort.

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Albert Camus – Les justes – Gallimard (Folio théâtre)

Page 66 - « Tais-toi. Je te défends de parler de cela. »

© ullstein bild


 

mardi 15 janvier 2019

Musique(s) : Ronde de janvier 2019 avec Giovanni Merloni



Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Musiques(s) ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Ce mois-ci, j'ai le plaisir de recevoir Giovanni Merloni qui est l’auteur du blog : « Le portrait inconscient ».
Quant à Guy Deflaux, il accueille mon texte sur le sien : « Wanagramme : Emaux et gemmes des mots que j'aime ».

Merci à tous les deux, à tous ceux qui font la ronde et à leurs lecteurs.

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Giovanni Merloni, Le miroir brisé, collage numérique à partir d’un dessin A4 de 2007


Le silence est l’infini de la musique

Entre toi et moi, je ne vois que montagnes
d’incompréhension, que lagunes d’oubli,
que mers empoisonnées et ambiguës
où s’effondrent les arbres de cocagne
pointant au sommet d’étranges îles perdues.

Ta trompette sous le bras, ambitieuse
un beau soir tu as fui. De tes lèvres moqueuses
fredonnais un retour d’hirondelles
où sombraient nos jolies ritournelles
nos lointaines paroles d’amour.

Tu reviendras de ta ronde inféconde
la tête entre tes mains, déçue du monde
où tu n’auras trouvé que frénésie
qu’envie de tout brûler. Pas de poésie,
surtout, ni d’alchimie, comme entre nous.

Combien de fois, sans prudence
tu jouais de ton truc, que pour moi, le silence
et la joie de s’y perdre, d’y trouver
l’unisson, tel un chœur insouciant de violons,
et l’harmonie, pour une vraie symphonie !

Le silence est l’infini de la musique :
aux pôles opposés de la même cité
nous en savourerons d’infinies variétés
sans que cesse désormais la cruelle douleur
de te perdre à jamais, ô musique de mon cœur !

Giovanni Merloni

Giovanni Merloni, Le Nozze di Figaro, huile sur toile 70x100, 1984

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En ce 15 janvier de l’an de grâce 2019, entrent dans la ronde des « Musique(s) »…
Dominique Hasselmann chez Dominique Autrou: La distance au personnage, Dominique Autrou chez Hélène Verdier : simultanées, Hélène chez Noël Bernard : Talipo, Noël chez Jacques d'A. : La vie de Joseph Frisch, Jacques chez Giovanni Merloni : Le portrait inconscient. Giovanni vient de nouveau chez moi : Éclectique et Dilettante ; ensuite, j’attrape la main de Guy Deflaux qui me reçoit de nouveau chez lui : « Wanagramme :Emaux et gemmes des mots que j'aime ». Puis, Guy chez Marie-Christine Grimard : Promenades en ailleurs, Marie-Christine chez Franck : A l'envi, Franck chez Jean-Pierre Boureux : Voir et le dire, mais comment ?, Jean-Pierre chez Dominique Hasselmann : Métronomiques, etc.





dimanche 28 janvier 2018

mardi 31 janvier 2017

Terre des ancêtres




De pastels bleu-rose
le ciel se teinte ce soir ;
Confins de la nuit.
Effleurement et murmure ;
un frisson, tout s’assombrit.









mardi 24 janvier 2017

mardi 17 janvier 2017

Comme horizon, l’éternité…





Comme horizon, l’éternité…






Entretenir en soi, comme merveilles,
toutes les couleurs, harmonie du monde,
la lueur d’or des couchers de soleil,
des nuages cendrés le cri dans l’onde,
la clarté au bout de la nuit profonde.
Hors les chaînes, croire en la liberté,
infinité de voies à explorer.




Dans le silence lumineux du monde,
du bruit n’être plus le diapason.
Accueillir les résonances profondes,
scruter les abîmes de déraison.
Les lointains ne sont pas seul horizon.
Voyage secret, creuser son sillon,
de chenille devenir papillon.




Lorsque le présent ne s’imprime plus,
qu’en lambeaux, le passé se désagrège ;
aux éclats de souvenirs dévolue,
la mémoire, voilée de sombre neige,
joue ses derniers tours comme sortilèges.
Inattendue, s’offre une aube nouvelle :
inespérés dialogues de dentelle.




Par l’ultime faux-pas, vie chavirée.
Otage de ton corps lâché aux chiens,
ton esprit s’est peu à peu égaré.
Perdue malgré la compagnie des tiens,
en l’espace de quelques jours de rien,
chemin de souffrance enfin achevé.
En l’éternité, calme retrouvé.



Photographies : Françoise Gérard
Septains : Marie-Noëlle Bertrand


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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Le vent qui souffle », le blog de Françoise Gérard, dans le cadre des Vases Communicants de décembre 2016. Ces quatre septains ont été écrits sur des photos choisies sur son site https://grandvent.wordpress.com/. Je la remercie de nouveau pour cet échange photographique et poétique.


 


mardi 10 janvier 2017

Chemin de mémoire



Sauter à pieds joints dans les graviers pour le plaisir d’esquiver l’escalier à une seule marche, comme pour le narguer. Respirer l’odeur du seringa qui sépare notre cour de celle des voisins ; quelques pas vers la cabane dite de devant car juste en face de la porte de derrière. Dans celle-là, trois armoires contenant conserves et confitures, ustensiles de cuisine et linge de maison peu souvent utilisés et nos vélos. Deux autres attenantes : une pour entreposer les boulets de charbon employés pour le poêle et la chaudière et celle du fond, plus un débarras.
Ouvrir la porte et sortir le mini-vélo jaune. Longer le garage en bois jusqu’à la petite place où mon père gare la voiture avant de la rentrer. Faire un arrêt près du compartiment où est stockée la boue pour le chauffage ; presque au bord du trottoir, avant de s’élancer, regarder à droite et à gauche bien que les automobilistes, tous parents d’enfants du quartier, soient très attentifs.
Descendre la rue Jacquard avec un regard pour chaque couple de maisons jumelles dont je connais tous les locataires ; ici un bonjour à une copine là un signe à une vieille dame. A la moitié de la rue, un puits identique à tous ceux qui émaillent la cité afin de donner aux mineurs l’accès à l’eau potable mais ne servant plus qu’à l’arrosage des jardins.
Arrivée en bas de la rue, engager le virage avec prudence et détermination. Faire bien attention à toutes les rues qui viennent de la droite car dans la cité pas de stop, c’est le règne de la priorité à droite.
Parvenue à la fronde que forme l’embranchement de la rue Buffon et du boulevard de Verdun, continuer presque tout droit sur celui-ci. Une dernière priorité à droite avant de virer à gauche sur la route de la ferme. De chaque côté, les prés, celui des vaches à senestre et celui des cochons à dextre, les regarder en évitant de se retrouver dans le fossé aux orties pas très accueillant pour les fesses.
Dans la cour, faire attention au Black, brave chien de berger, qui se précipite inévitablement pour manifester sa joie malgré tous les embêtements subis dans notre enfance. Jeter le vélo contre le grillage qui clôture la petite cour autour de l’appentis vert où mes grands-parents et ma tante vendent les produits de la ferme aux habitants de la cité ; c’est matin et soir le lait fraîchement tiré, tout au long de la journée les fromages de chèvres et les œufs et aussi, plutôt en fin de semaine, les volailles et les lapins vivants ou tués, prêts à cuisiner.
Jeter un coup d’œil dans la volière entourée de roses et de dahlias où roucoulent les tourterelles. Se précipiter dans la bassie pour déguster les douceurs préparées par ma grand-mère et les cheuneries à choisir dans la magasinette, le tiroir de l’armoire de la chambre du fond -inoccupée- où la verveine cueillie au jardin sèche sur le lit répandant son parfum si caractéristique. A l’adolescence, le même chemin avec le vélo bleu et la rejoindre dans la salle à manger pour l’initiation aux travaux d’aiguilles, à ces ouvrages qu’on dit de dames.

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'hiver 2016-2017 : « du lieu, 2 | le mouvement, mais sans verbe » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.





vendredi 6 janvier 2017

Vases Communicants du 6 janvier 2017 : Invitée : Danielle Masson



Catherine Vigier - Prendre soin - Technique mixte



Dialogue entre Valentine et l’auteure de ces lignes.

  • Je te reconnais bien là…
  • Tu pourrais me parler autrement Valentine.
  • Tu te plains de ne plus écrire pour les vases et là, tu manques complément d’à propos
  • Comment cela ?
  • Gentiment, on te demande si tu veux partager un vase…
  • Oui, j’accepte. J’en suis vraiment ravie. Six mois sans échange c’est trop long. Donc…
  • Donc, donc, la première des choses à faire était de demander de qui était le tableau
  • Qu’importe l’artiste, il m’a satisfait l’œil dès que je l’ai vu.
  • Oui mais quand même, tu aurais pu demander qui l’avait peint, à quelle époque ?
  • Moi, c’est l’œuvre que j’admire. Le reste viendra après
  • Non. Cela ne se fait pas. C’est peut-être celle qui t’a proposé ce partage qui l’a peint
  • Alors, je la félicite tout de suite car…
  • Et si ce n’est pas elle mais son grand-père ou son grand-oncle ou son facteur
  • N’importe quoi ! pourquoi pas son boucher aussi ou son poissonnier. Ou sa fille. Cela pourrait bien être un tableau peint par sa…
  • Tu divagues, tu élucubres comme d’habitude. Non, vraiment tu me déçois. Ne rien savoir de l’artiste. Tu as remarqué cet orangé, ces sept personnages autour du personnage central. Cette femme qui porte le monde…
  • T’as vu le chat ?
  • Quel chat ?
  • Tu vois… tu n’observes pas suffisamment
  • Où ça le chat ?
  • En bas à droite.
  • Le chat ? tu remarques le chat et tu ne vois pas la lumière qui se dégage de cette œuvre, tu ne cherches pas à en connaitre la genèse. Non, Madame, ne voit que le chat.
  • Oui, je vois le chat car il ressemble à Tortue, tu sais, la chatonne qui vient juste de fêter ses sept mois et qui adore s’installer au soleil près de toi.
  • Tu me chagrine. Je veux te parler d’art avec un grand A et toi tu me parles de Tortue, qui me grimpe dessus, m’ébouriffe, me plante ses griffes ou ses dents dans le bras…
  • Silence ! admire la finesse du trait. Admire ce tableau ! Savoure !

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François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014. Je remplace Angèle depuis un peu plus d’un an.


J’ai donc le très grand plaisir de recevoir, pour la seconde fois, Danielle Masson à l'occasion de ces premiers Vases Communicants de l'année 2017 et de publier son texte sur La dilettante. Nous avons choisi d’écrire chacune à partir d’un tableau de Catherine Vigier.
Je la remercie d'accueillir mon texte « Dans la lumière vacillante de l’espoir » sur son blog « Jetons l'encre à Saint Maximin la Sainte Baume... »