dimanche 10 février 2019

Images mentales


Les Bizots – Le Theurot
La voiture entre dans le chemin qui conduit à la ferme. Dans un pré, près d’une bouchure, une petite silhouette vêtue d’une veste et d’un pantalon noirs, ceux que le vieux paysan met le dimanche. Une casquette surplombe le crâne couronné de cheveux blancs. Un mégot vissé au coin de la bouche. Les enfants, à l’arrière de la voiture, devine la moustache blanche. Oui, c’est lui, c’est bien lui, c’est le grand-père.

Poil – Place du village
La pierre du monument aux morts est chaude au cœur de l’après-midi d’été. Des petites bestioles rouges courent sur la bordure. Les enfants aimeraient s’asseoir sur le rebord mais ils craignent d’être piqués. Ils jouent en criant. Ils rient aux éclats en se répétant encore et encore la blague racontée par leur mère : celle de la photo du Bernard à Poil.

Quelque part – Entre le réel et l’imagination
Sur la place, la clameur du petit cirque s’était tue. Dans le petit matin blanc, ils ont attaché les longues caravanes aux grosses voitures ; les portières ont claqué. Dans l’éclat verdâtre des réverbères, ils passent devant l’église. La lumière éclaire faiblement la fillette qui a passé quelques jours dans l’école du village. Derrière la vitre, son visage est illuminé par un sourire. Sur ses genoux, la petite volière avec les colombes de son père, le magicien. Ils partent vers un autre bourg.

Autun – Le Fragny
« C’est un trou de verdure où chante une rivière ». Les enfants jouent sans trop s’en approcher. Dans cette famille, l’accident que l’on redoute le plus, c’est la noyade mais on ne sait pas, on ne dit pas pourquoi. Sur les rochers, on a posé des serviettes et chacun s’est installé avec son pique-nique. L’ombre des feuilles danse, des milliers d’éclats de lumière se dispersent dans l’air et sur le sol. La rivière bondit sur les cailloux et l’eau éclabousse. Les oiseaux chantent, le père reconnaît les chants et nomme ; il en est de même pour les arbres qu’il distingue les uns des autres grâce à leur écorce et à la forme de leurs feuilles.

Dijon – Cité U
Un arbre, ce n’est pas un saule, juste un arbre qui pleure, ses feuilles douces et tendres frémissent dans la brise tiède du soir de juin qui tombe. Il est posé au bord de l’île verte, l’île d’herbe entourée de pavillons dans lesquels s’empilent les chambres de 9 m2. Au bout des couloirs, une cuisine collective et des douches, pas collectives. Assis dans l’herbe, sur l’île, près de l’arbre qui pleure, des étudiants, des filles et des garçons. L’un d’eux joue à la guitare un de ces airs qui accompagne la jeunesse. Les notes de la « maison bleue » ondoient dans l’heure bleue. Entre chien et loup, des voix parfois discordantes s’élèvent, des paroles s’envolent, des rires cristallent. Des silhouettes qui rejoignent leurs chambres se dessinent sur la rivière goudronnée autour de l’île. Des groupes, des couples enlacés, des solitaires. Les fenêtres s’éclairent, les étoiles s’allument, la lune se dessine au fur et à mesure que le ciel s’assombrit.

Quelque part – Entre l’imagination et le réel
Une fillette –Alice, c’est Alice– cheveux au vent. Elle court dans un champ constellé de coquelicots. L’air léger fait flotter les fleurs rouges sur la mer vert tendre du blé. Elle me visite depuis des années, je la suis sans jamais pouvoir la rattraper. Elle disparaît à l’horizon, entre blé et ciel. Un jour, je me retrouve face à elle, les pieds dans l’eau, dans un tableau de Michel Bouchet.
Michel Bouchet, Les pieds dans l'eau
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Ces fragments ont été écrits dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'hiver 2019 : « en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle | proposition 1, des images mentales » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.





 

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