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vendredi 1 avril 2016

Avec Francis Royo, distance et proximité




Hommage à Francis Royo : dissémination avec la web-​association des auteurs.


http://contrepoint.co/2016/03/28/epilogue/




En décembre 2013, j'avais demandé à Francis Royo l'autorisation de lire certains de ses textes à des personnes âgées ; j'avais été très touchée qu'il accepte. Je les partage à nouveau ici…



J’ai des chagrins d’étincelles. Je suis illuminé de larmes.
11 novembre 2013


j’embrasse de chacun de mes jours l’aube désemparée. j’articule mon temps blessé
18 novembre 2013


le matin j’attends. parfois une petite pluie s’avance qui veut me raconter
30 novembre 2013


la lune déchire des syllabes dans le labyrinthe de mes paupières
5 décembre 2013


j’ai voulu remonter les fleuves. l’écho des sources eut pour moi des mots d’apocalypse
10 décembre 2013


quand mon cœur et mon corps accélèrent le monde entier les suit. comme un wagon
12 décembre 2013


une heure où le peu qui respire sent la séparation. nos jungles fatiguées. nos cris de sauvages étouffés et les aurores lourdes. menez-moi à la mare. ne perdez pas de temps. ma soif de vous me tue
17 décembre 2013


J’ai besoin d’une grâce qui ne soit pas de ma faute. un sourire sans misère. une mer et du vent.
24 décembre 2013


La pluie qui déshabille notre innocence
La pluie aux mains pleines
Aux mains nues qui s’attardent
La pluie est un miroir
Où nos enfances s’égarent
Encore une fois
13 juillet 2011


http://analogos.fr/spip.php?article708

 
Je tiens le soir avec les arbres de longues conversations secrètes sur le cœur et l’écorce, les sèves idéales. Nous rions sous la lune et la hache du ciel.
14 octobre 2013



passer Utsu
lèvres gonflées de parfum d’algues
de mousses enragées
dans une nuit de couteaux


passer Utsu
enlacés des gouffres verts
du torrent
fous dansants
avec les ombres
belles dans les cailloux
du temps


entendre fluide et triste
la voix d’Ise
l’écho du soir


passer Utsu
de force calme
de cœur humide
corps stable et pas comptés


ignorer
sur ses flancs qui gonfle
son sexe
miraculeux


passer
11 décembre 2013


Je ne suis pas assez équilibré pour me pencher sur mon passé.
9 décembre 2011


Le silence n’est pas l’absence de sons mais l’absolu de tous les chants possibles.
22 février 2012


Une douleur qui remue décevra toujours moins qu’un bonheur à l’arrêt.
13 mars 2012


Entre la tête et le coeur il n’y a que l’espace d’un vœu.
1er mai 2012


Une fois désarmés, nos rires ne sont jamais que larmes repenties.
15 mai 2012


La parole est inquiète mais ses émerveillements en restaurent le silence.
2 août 2012


Ne plus écrire que ce seul mot -acquittement- qui rachète tous les sangs versés. Pour ne pas s’envoler alourdi d’une dette.
25 mai 2013


Cliquer, pour écouter...



Ce sont là des textes anciens, vous pouvez lire les plus récents sur Analogos.


Depuis presque deux ans, j'avais toujours un grand plaisir à découvrir les magnifiques Contrepoints qu'il nous offrait avec Claudine Sales ; les pastels de l'une et les textes de l'autre en écho…





Il m'envoyait parfois un message personnel sur Twitter pour me remercier des lectures et des partages ; nous échangions quelques mots, entre distance et proximité.

Il me manquera mais je pourrai continuer à dialoguer avec lui grâce aux textes de son blog. Je le remercie donc de les avoir partagés là.






jeudi 26 novembre 2015

Dissémination du 27 novembre 2015 : « Les balises » de Julien Boutonnier


Pointons ce mois-​ci les pro­cé­dés, malins ou joyeux, lapi­daires ou réflé­chis, déjà invi­sibles à force d’évidence ou vrai­sem­bla­ble­ment inédits, qui secouent nos habi­tudes de lec­ture sur écran : ces pra­tiques minus­cules qui nous font dire et sen­tir « Ce que je lis ici, jamais, je ne pour­rais le lire et le voir sur une page ».

Lorsque j'ai pris connaissance du thème de la dissémination de ce mois de novembre proposé par Grégory Hosteins  : « Ponctuation de l'écriture web », j'ai immédiatement pensé à disséminer « Les Balises » de Julien Boutonnier qui, lorsque je lui en ai demandé l'autorisation comme il est d'usage ici, a accepté et je l'en remercie.




Il y a quelques jours, Julien Boutonnier a fait lui-même une présentation du projet Balises sur Peut(-)être, son blog. En voici un aperçu qui a plus particulièrement trait au thème d'aujourd'hui. Pour plus de clarté, vous pouvez en lire l'intégralité.

Je vous donnerai ensuite à découvrir les quatre versions de la balise « Ń (4,M) ».




« Le projet des balises est un dispositif d’écriture poétique ayant pour vocation d’aboutir à une édition qui se décline en un site web, un livre numérique ainsi qu’un livre papier. Chaque support interagit avec l’écriture pour proposer trois expériences de lecture différentes et complémentaires.

[…] Pour cela, nous proposons d’agir par dispersion. Un saut est opéré, depuis la linéarité du texte imprimé vers un réseau de textes dispersés et interconnectés entre eux. Dès lors, ce qui s’offre au lecteur n’est pas un sommaire organisé préalablement mais une circulation d’un fragment de texte à un autre, selon des contingences plus ou moins provoquées, plus ou moins hasardeuses.

[…] Chaque balise fonctionne comme un relais dans le territoire du vide. Selon la logique du trauma, ce n’est plus le vide qui relie et sépare les objets, mais les objets, ici donc les textes, qui sont au service du vide, le ponctuant, le rythmant, y dessinant des parcours d’exploration propices à ressentir, imaginer, créer.

[…] Une balise n’est pas narrative. Elle rythme l’errance du lecteur dans le réseau des textes donnant figure au territoire du vide propre au trauma. Elle se présente comme une matière de langue qui se définie d’abord dans une dialectique avec le vide qu’elle sert.

[…] Une place décisive est faite à la ponctuation qui, détournée de son usage commun, intervient comme interface entre le sens, le rythme et la matérialité des caractères. Elle confère aux textes une qualité de vibration que nous souhaitons proche d’un effet propre à la peinture.

[…] A la différence du livre numérique qui est constitué en univers clos sur lui-même, le site web est pensé comme espace ouvert appelé à croître et se ramifier dans le temps. »


























jeudi 29 octobre 2015

Dissémination du 30 octobre 2015 : Stéphane Bataillon


En 2011, j'ai découvert la poésie de Stéphane Bataillon grâce à l'émission, hélas disparue, «Ça rime à quoi». Il publiait alors son premier recueil aux Editions Bruno Doucey : «Où nos ombres s'épousent», pudiquement évocateur d'un deuil, qui fut suivi d'un second : «Les terres rares» , tout aussi lumineux, composé dans l'attente d'un enfant.

Je me suis également rendu sur son site où il présente un travail plus expérimental, en tout cas plus dans l'expérimentation.

Je suis «littéraire» et j'ai peu de notions scientifiques fermes ; pourtant, récemment, j'ai été capturée / captivée par «Élémentaire» qui articule des formules de physique et des mots pour tricoter un texte qui fait sens, et sourire aussi.

Stéphane Bataillon était présent au Salon de la Revue pour sa participation au numéro deux de «Pan», revue de création en littérature et en illustration. Lors de notre courte rencontre, il m'a autorisée à disséminer ce texte et je l'en remercie. Il a eu le temps de me confier qu'il n'était pas non plus féru de physique et qu'à partir de son idée d'écriture, il l'avait composé grâce à des recherches sur Internet.






Il partage également en ligne un mensuel numérique, poétique et gratuit : «Gustave». Le numéro 47, consacré à la ponctuation (thème de la prochaine dissémination) en poésie n'est plus disponible ; en effet, Gustave est accessible uniquement durant son mois de parution. Il disparaît ensuite des internets. Les anciens numéros ne sont donc pas (et ne seront jamais) disponibles, c’est le concept.





 


mercredi 25 février 2015

Dissémination du 27 février 2015 : « La Chronique : Ecrire le temps »

Quand Noëlle Rollet (@selenacht) m'a proposé de participer à cette dissémination, j'ai presque immédiatement pensé à la série de textes de Lambert Savigneux (@lamazezen) intitulée « De l'eau sous le menton : Carnet de note japonais » que j'avais lus en suivant le courant de l'année 2014.

Je les ai relus et mon choix s'est arrêté sur la publication qu'il a consacrée à Chigusa Soun (1873-1944) le 5 février 2014 ; un an déjà avait passé…

L'auteur m'a aimablement autorisée à disséminer ce texte malgré l'imprécision de ce que je comptai faire à partir de son travail : je vais essayer d'écrire avec deux contraintes : utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans votre texte, deux ou trois poèmes de formes "fixes" japonaises et/ou occidentales.

Je le remercie ici de son amitié toute « twitte(re)sque » et de sa confiance.


Chigusa Soun (1873-1944)

S’il n’avait peint que cette encre, Chigusa Soun aurait pu s’asseoir content, son coup de pinceau lui a gagné l’éternité. J’ai le même sentiment qu’avec les études à la gouache de Constable. Une peinture qui soudainement apporte tout. D’emblée la plénitude du paysage dans la brume ou sous la pluie, la densité et la légèreté de la lumière et les odeurs que l’eau ravive, la terre enfin vivante quand elle est mouillée que montent les nuées et que l’encre et le lavis du papier se mettent à parler de la peinture à venir sans rien tenter de décrire, la sûreté seulement du pinceau et sans que rien ne l’ai laissé présager. L’artiste japonais occupé à dessiner des fleurs, à faire de son mieux en suivant les enseignements stricts et attaché à la tâche, ne l’a pas vu venir, comme d’autre avant lui, il s’est oublié et d’un seul coup à laissé entrer l’encre et le papier. Des siècles de travail et la fulgurance de la compréhension intime du monde. Un zeste de zen au moment où le travail s’interrompt. 

Il faut oublier cette impression de fulgurance géniale. Soun n’est pas n’importe qui. C’est élève de Takeushi Seiho, l’un des maître les plus importants du Nihon ga, littéralement peinture japonaise, cherchant à unifier dans cette fin de l’ère Meiji, l’essence de la peinture japonaise avec le développement de la modernité occidentale, recherchant la peinture japonaise par excellence.
Mais Chigusa Soun fut animé par une volonté radicale de changement dans la vision japonaise de la peinture, en cela il diffère de beaucoup. L’on est frappé en découvrant ces œuvres de la matière brute, où le monde est dépeint sans le moindre recours à une sorte d’esprit de sympathie, il n’y a pas de recul ou d’estrangéité entre le monde et moi, est il de même essence, dépouillé de l’esthétisme et comme regardant sans complaisance le  monde par des yeux qui ne transigent pas, marquent la perception dans la peinture ou l’encre. Sans raccourcis. C’est cela que nous apercevons dans ces peintures, peu de peintres au Japon ont pratiqué la peinture à l’huile de façon frontale, comme si cela était primordial de puiser dans la réalité sans fard les épuisements et les ressources d’un monde dans sa matérialité énergisante.




C’est cela, sans doute, qui nous rend cette encre si proche, ce détail qui pourrait être l’œuvre elle même, synthèse de l’art de l’encre, sa finesse, brutalité et densité d’une matière à même d’écrire l’essence de notre présence au monde, qu’un jour de brume dans les montagnes, nous percevons dans cette vapeur de l’eau qui monte avec nos corps et la vision estompée du paysage tout autours, habité et essentiel que l’oeil peut enfin tout embrasser. De plein pied dans l’humidité chargée du papier.



Chigusa Soun, dans sa quête de vérité et de renouvellement, fut aussi un progressiste attiré par le petit peuple et la promesse de d’une beauté cachée dans les recoins sans masque de l’humanité. Que se soit dans les traits fatigués d’une femme au travail, plus belle peut être que la beauté masquée, peinture de paysage sans verticalité ou un bosquet est choisi pour la beauté non particulière et comme anodine et qui pourtant résume sans bruit l’inénarrable que le monde a de vrai.
Chigusa Soun a choisi d’encrer son regard, déterminant une autre route peut être inhabituelle pour le Japon. sans chemin par le regard, l’encre ici parvient à la parfaite synthèse en restant muet sur les beautés idylliques et rejoignant les fastes de la calligraphie, l’on aperçoit les  vitalités du Sho.
                                                                                    


Pour cette dissémination, ma proposition était finalement la suivante :
Ecrire avec deux "contraintes" :
- utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans le texte. Voici donc les dix mots que vous pourrez retrouver dans les poèmes : modernité, plénitude, fulgurance, vapeur, promesse, regard, encre, lumière, odeurs et brume.
- créer à partir de deux formes fixes : un tanka et un pantoum.
Ces deux formes "parentes" permettent un entrecroisement thématique de l'observation du monde et de l'intimité qui se prête tout à fait à l'évocation "du temps qu'il fait", "du temps qui passe".
Au-delà des contraintes, je me suis aussi laissée porter par les deux encres et le diaporama que le texte accompagne.




TANKA M
ÉLANCOLIQUE 
POÈME COURT

Par-delà la brume
que nul regard ou lumière
ne peut traverser,
ta voix que j'ai crue éteinte
nous encourage et rassure.

Bande-son (Musique du Japon Impérial : Rokudan)

 


MODERNITÉ
PANTOUM MÉLANCOLIQUE

Assise seule sur le seuil,
Odeurs de l'automne en cohorte.
De l'enfance faire le deuil,
Pour toujours, refermer la porte.

Odeurs de l'automne en cohorte,
Signes des frimas à venir,
Pour toujours, refermer la porte
Sur la vapeur du souvenir.

Signes des frimas à venir,
Le soleil tamisé ravive
Sur la vapeur du souvenir
La promesse que demain vive.

Le soleil tamisé ravive
Les mots que l'encre bleue renoue,
La promesse que demain vive,
Que ta vie se reflète en nous.

Les mots que l'encre bleue renoue
Dans le ciel ; naît la certitude
Que ta vie se reflète en nous,
Fulgurance, la plénitude.

Dans le ciel, naît la certitude.
Le dernier chant du bouvreuil,
Fulgurance, la plénitude,
Assise seule sur le seuil.

Bande-son (Kaddish de Maurice Ravel)