samedi 19 juillet 2025

Retrouver le goût…

 

En août 2007, j’achète un Panasonic FX-10. Depuis un peu plus d’un an, je suis la tatie d’un petit garçon à qui je rends visite très régulièrement ; je le prends en photo dans les moments partagés avec lui et ses parents. J’utilise des appareils photos jetables et j’en ai marre. Alors, j’achète ce tout petit appareil, il est léger, il tient dans un sac. Je ne sais pas encore qu’il ne quittera pas mon sac jusqu’à ce qu’il me lâche des années plus tard. Je ne sais pas encore que pendant des années je vais prendre des photos quasi quotidiennement documentant ainsi mes promenades au fil des lieux et des saisons, ma vie professionnelle et personnelle. Quelques semaines plus tard, je fais également l’acquisition d’un reflex mais c’est lourd et encombrant, sans compter qu’il y a plusieurs objectifs, qu’il faut en changer pour faire différents types de photos, ça devient moins spontané, moins pris sur le vif. Lui aussi va finir par me lâcher en 2020, en plein confinement. Un message indique qu’il faut aller chez le photographe pour la réparation ; or, le vrai photographe chez qui je l’ai acquis ne rouvrira pas les portes de sa boutique après la crise Covid.

 

Cette photo n’est peut-être pas la première prise avec cet appareil compact ni la première postée sur Flickr. Ce dont je suis certaine c’est qu’elle a été prise lors de ma première promenade photographique en bords de Marne, c’était à Maisons-Alfort où j’habitais alors. Je n’ai jamais su qui était l’auteur de ce buste, je le nomme « Le Cri » car il me fait penser, allez savoir pourquoi, au tableau d’Edvard Munch. Je l’ai photographié plusieurs fois. La photo qui exprime le mieux mon sentiment est celle prise sous la neige, en janvier 2009. Elle reflète à la fois ce que je ressens intérieurement et la sympathie que j’éprouve pour tout humain qui crie silencieusement ou pas, tout humain qui crie contre la misère, contre la violence, contre la guerre, contre tout ce qu’il ne veut plus subir.

 

Depuis la mort du Panasonic, j’ai eu plusieurs autres appareils compacts mais aucun ne m’a autant conquise, avec aucun je n’ai lié une telle complicité quotidienne, une telle intimité. La plupart du temps, ils restent sur la console de l’entrée sans que j’y prête attention ou que je me dise « tiens, si je reprenais un compagnonnage avec celui-là ». Et puis, il y a eu l’année 2020, elle a vraiment été une année d’assèchement, ne plus pouvoir sortir librement, aller où je veux quand je veux a mis un coup d’arrêt presque simultané à mon désir de photographier et à celui d’écrire. M’exprimer dans ce monde qui n’a pas eu d’après humainement, socialement et écologiquement acceptable moi m’a paru vain. Aujourd’hui, avec le défi d’été, je retrouve le goût des mots. Je vais peut-être aussi retrouver celui des images et ne plus me cantonner quasi exclusivement à des photos d’œuvres ou de détails qui me vont à l’âme ou au cœur lors des visites de musées ou d’expositions, retrouver le goût de la vie et des gens en sortant plus souvent à leur rencontre.

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Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ».

Jour 6 : Vous avez dans votre téléphone (si vous n’avez pas de téléphone, vous avez des photos dans des albums ou en vrac dans une boîte à chaussures). Prenez la plus ancienne photo présente dans votre galerie et écrivez un texte dessus, pas une description mais cherchez l’émotion qui se produit au moment où vous la regardez à nouveau.

 

mercredi 16 juillet 2025

Bulles de métro

Ce matin, métro, ligne 4… d’abord observer, regarder, écouter mais très vite s’enfermer dans une bulle d’écriture pour commencer à écrire ce texte. Des bulles nous en avons plusieurs en fonction du contexte et au fil du temps. Certaines nous protègent, d’autres nous anéantissent. Les bulles sont de musique, de lecture, d’écriture, de pensée, de relaxation… Dans les transports franciliens, veiller à ce que la bulle ne soit pas trop étanche, plusieurs fois il m’est arrivé de me tromper d’embranchement de RER, plusieurs fois j’ai raté la station où je devais descendre.

Hier, j’ai repris le métro 4, la partie sud de la ligne qui a été fermée neuf jours, ce n’est pas beaucoup pour des travaux d’été mais, pendant trois jours, seulement et heureusement, j’ai dû aller travailler en bus. J’entends déjà vos protestations, c’est bien le bus, il y a la lumière naturelle, le ciel, le paysage, les monuments de Paris, les belles façades, oui c’est bien le bus mais je mettais trois fois plus de temps pour atteindre mon but et ça m’a replongée dans l’angoisse qui naissait dans les années qui ont précédé mon déménagement. Je prenais alors la ligne 8 pour me rendre au travail.

Le trajet était long et je n’avais pas envie de lire car ni l’assise ni l’éclairage n’étaient agréables et souvent je faisais le trajet debout. Pendant toutes ces années, j’ai mis des écouteurs dans mes oreilles, j’ai écouté de la musique, des chansons plutôt, pour m’isoler de cet univers que je ressentais comme hostile. D’ailleurs, sur cette ligne, presque personne ne lisait, ce n’est pas tout à fait vrai, j’ai souvent vu des hommes et des femmes qui le matin lisaient la Bible ou le Coran. D’autres restaient le regard dans le vague, ensommeillés ou se projetant déjà dans la longue journée qui ne faisait que commencer. La plupart des voyageurs étaient attachés à leur téléphone soit par les oreilles soit par le regard.

Aînée d’une sororie, là le féminin remporte sur le masculin puisque nous sommes quatre filles et un garçon, j’ai très vite appris à me créer une bulle de lecture. Maman me disait souvent : « Toi, quand tu lis, le monde autour de toi pourrait s’écrouler. » Avant l’avènement des écrans qu’on emporte partout, avant l’avènement des réseaux sociaux, je lisais tout ce qui me tombait sur la main, les notices en attendant chez le médecin, les horaires de train dans les gares, les magazines féminins chez le coiffeur,… Aujourd’hui, simplement regarder par la fenêtre du métro et voir défiler toutes les publicités, de plus en plus déroulantes sur des panneaux lumineux, ne me fait plus rêver, d’ailleurs elles ne sont pas là pour ça.

Depuis un peu plus d’un an, je voyage sur la ligne 4, c’est beaucoup plus agréable que sur la 8. J’ai mis quelques mois à lire de nouveau dans les transports mais surtout j’ai retrouvé le plaisir de découvrir ce que lisent les autres. Un livre que j’ai lu et je me sens comme une complicité avec le lecteur qui est souvent une lectrice. Pendant l’année universitaire, des étudiants lisent des essais philosophiques, historiques, sociologiques… Souvent, ce sont des romans que leur lecteur dévore avec tant de gourmandise que ça aiguillonne ma curiosité. Parfois, je peux lire quelques lignes sur la page ouverte ce qui suscite mon d’envie d’en savoir plus. Alors, je me tords le cou pour tenter d’apercevoir le titre, c’est souvent difficile, quelquefois j’ose demander. Le plus énervant, ce sont les liseurs sur liseuse, il m’arrive d’en être une, sourire, on ne peut ni lire par-dessus leur épaule ni deviner le genre de la lecture grâce à la couverture et encore moins connaître le titre sans déranger.

Sortir de sa bulle pour regarder autour de soi, pour écouter ce qui se passe et pour ne pas rater la station Saint-Germain-des-Prés, la troisième consécutive à porter un nom de saint. Quand je suis sortie de cette bulle d’écriture matinale, je me suis aperçue que c’était aussi une bulle sensorielle, surtout olfactive puisque je me suis instantanément sentie agressée par les odeurs corporelles et les effluves de parfums de mes voisins et voisines que je n’avais pas perçus avant.

 

 
 
Métro République - Ligne 8  - C'est bondé, j'attends le suivant... (2010)  

 

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Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ».

  



 

 

mardi 15 juillet 2025

Je suis celle…

Je suis celle…


Je suis celle qui a été le bébé attendu,

Je suis celle qui a été l’enfant timide,

Je suis celle qui a été l’adolescente taciturne,

Je suis celle qui a été l’étudiante avide de savoir,

Je suis celle qui a été la femme désirée,

Je suis celle qui écrit pour avancer,

Je suis celle qui parle pour ne pas se taire,

Je suis celle qui chante pour se souvenir.


Je suis celle qui rit pour ne pas pleurer,

Je suis celle qui nage pour ne pas couler,

Je suis celle qui vole pour ne pas tomber,

Je suis celle qui courre pour s’échapper,

Je suis celle qui creuse pour trouver,

Je suis celle qui hurle pour se faire entendre,

Je suis celle qui gronde pour éloigner la peur,

Je suis celle qui brûle pour ne pas s’éteindre.


Je suis celle qui écrit pour arrêter le temps,

Je suis celle qui parle pour habiter sa nuit,

Je suis celle qui chante pour oublier,

Je suis celle qui communie avec l’humanité,

Je suis celle qui s’harmonise avec la nature,

Je suis celle qui fusionne avec l’univers,

Je suis celle qui vieillit sans prétendre à la sagesse,

Je suis vivante.

 

 
Dans les rues de Gand (2014)
 
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Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ». 



lundi 14 juillet 2025

Chère amie imaginaire...

 

                                                                                                              Certaines années, je le crois

                                                                                            N'arrive pas assez de sève

                                                                                            Souffle en tempête le vent froid

                                                                                            S'en faut de peu que l'arbre crève

                                                                                            J'ai honte d'écrire pour vous

                                                                                            Dire que je ne peux écrire

                                                                                            Les mots, soudain devenus fous,

                                                                                            Au bout de ma ligne chavirent

                                                                                            (Anne Sylvestre, Thérèse)


Chère amie imaginaire,


Si c’est à toi que j’écris aujourd’hui pour dire que je vais passer l’été à écrire, c’est parce que le faire à une personne réelle me mettrait plus de pression que je ne m’en mets moi-même.


Je sais déjà qu’au cours de ce défi « du petit plongeon au grand bain » initié par Les Mots, ce ne sera pas toujours facile ou possible d’écrire sereinement au quotidien : il y aura les semaines où je travaillerai et celles où je n’aurai peut-être pas accès à un ordinateur ; il y aura les jours où les soucis familiaux ou quotidiens risquent de prendre le dessus.


Pour l’ordinateur, je pourrais toujours revenir à mon carnet et à mon crayon ou stylo-plume pour le remplacer. Bien entendu, tu connais mieux que personne mon goût pour aller de l’un à l’autre et comment je suis capable de m’en servir d’excuse pour tout arrêter. Je t’entends déjà tel mon Jiminy Cricket me répéter qu’il faut que je m’y mette au lieu de procrastiner en trouvant toujours autre chose, toujours mieux, toujours plus urgent à faire.


Toutefois, j’ai choisi de relever ce défi, j’ai décidé que je ferai au mieux pour en atteindre le but. Tu sais que je ne vais pas me lancer dans l’écriture d’un roman car tu connais mon appétence pour l’écriture fragmentaire, les textes courts et la poésie, les haïkus en particulier.


J’aimerais surtout retrouver le plaisir d’écrire régulièrement et redonner vie à mon blog « Éclectique et dilettante ». Tu as certainement du mal à me croire lorsque je dis ça ; néanmoins, j’en ressens le désir depuis un an, il a même fait partie de mes bonnes résolutions de ce début d’année ; seulement, seule, je n’y arrive pas.


Alors, entre toi et moi, je vais m’accrocher pour parvenir à mon objectif et je vais réussir !


Je te souhaite un bel été en ma compagnie, ne sois pas trop envahissante mais ne t’éloigne pas trop, j’ai besoin de toi.


Marie-Noëlle

 
Granville -  MamRA - Exposition Colette l’intrépide (2019) - Evocation du bureau de Colette

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 Texte écrit avec Les Mots dans le cadre du défi de l’été 2025 : « du petit plongeon au grand bain ». « Semaine 1 : Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture ».



 

 

 

lundi 6 avril 2020

Silence : Ronde d’avril avec Giovanni Merloni


Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Silence ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Ce mois-ci, j'ai le plaisir de recevoir Giovanni Merloni qui est l’auteur du blog : « Le portrait inconscient ».
Quant à Hélène Verdier, elle accueille mon texte sur le sien : Simultanées.

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LA CURE DU SILENCE

« Quand Isabelle dort plus rien ne bouge »
Jacques Brel

Pendant ces jours qui vont devenir des mois, nous nous découvrons tous plongés dans la même pensée (qui n’est pourtant pas une "pensée unique”) formant en chacun de nous un épais nuage de silence.

C’est d’abord le silence de tout ce qu’on ne doit même pas murmurer, puis le silence des mots qui ne seraient pas nécessaires ni opportuns, enfin le silence qui ne brise pas le silence qui règne au-dehors de nous par une voix déplacée, par un accent exagéré, par une gaffe, soit-elle insignifiante même.

Notre silence, tout comme le silence au-dehors, ce n’est pas le résultat d’un vent destructeur mais, au contraire, la prouve vivante de notre capacité, individuelle et collective, de résister respectueusement à la peur... qui, à son tour, est en train peut-être d’apprendre à s’exprimer silencieusement, essayant de ne pas faire du bruit quand elle doit sortir de son redoutable silence ou lorsqu’elle comprend que l’heure est venue d’y rentrer vite.

Le silence devient ainsi la ressource extrême où les humains vont puiser pour être en mesure de supporter le chagrin que déchaîne le silence de ceux et celles, autour de nous, qui disparaissent à jamais, ajoutant leur silhouette invisible aux sombres statistiques du silence. 
Chacun de nous a donc besoin d’une provision supplémentaire de silence, voire d’un endroit silencieux et secret, installé à mi-chemin entre le cœur et l’esprit, pour y héberger la douleur pour ces frères humains qui meurent à notre place, s’écroulant un à un, qui sait où, dans une silencieuse bataille qu’il ont dû se résoudre à combattre du jour au lendemain, sans transition, pour avoir offert un seul baiser, pour avoir serré une seule main ou alors pour avoir aidé, un jour, un autre être humain à se lever et marcher.

Tout cela ne jaillit pourtant pas, dit-on, de l’invention de quelques esprits malades. Pendant que coulent physiquement autour de nous des jours étranges, pourtant foudroyés par une inattendue beauté printanière, l’ancien vacarme de la ville essaie de se faire oublier ou bien s’approche timidement de notre fenêtre, sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger le silence éphémère  de notre prison large ou étroite.  

Demeurer en silence c’est finalement le moindre mal, un seuil invisible que nous apprenons à ne pas franchir, pour sauver nous-mêmes ainsi que les autres, évitant de les traîner dans le gouffre, rien que par un seul geste d’amour.

Cependant il reste debout, ineffaçable en chacun de nous, le désir de revivre le plus tôt possible ce geste, avant d’arpenter un à un les lieux où le pas des autres ne nous faisait pas peur, où leur voix nous attirait par sa chaleur unique et sa prodigieuse essence vitale.

D’ailleurs, nous ne pouvons pas nous empêcher de rêver, en dépit des bornes physiques et mentales de notre enfermement. Par exemple — en cachette, dans un cagibi de l’esprit que j’ai bâti tout seul avec les armes patientes du silence —, je me vois confortablement assis dans une voiture à pédale où des hommes très adroits ont appliqué, à la place des roues, des skis de bois parfaitement lisses et silencieux. 
En cette hypothèse, aussi hasardeuse qu’hantée de clairvoyance, le moindre bruit serait préjudiciable au succès ainsi qu’à la première timide démarche de mon entreprise farfelue.
Et voilà que dans mon cagibi, sans faire de bruit, un vent gelé s’est faufilé, tandis que le grand hublot bleu, lui aussi en silence, demeure scandaleusement ouvert sur le vide.
De là-haut, nous pourrions glisser, mon traîneau et moi, avec la certitude de tomber sur un boulevard parfaitement blanc, lisse comme s’il y avait une épaisse pellicule de neige et bien sûr silencieux. 
Si le blanc est la synthèse de toutes les couleurs, le silence est la grande couche où tous les bruits de la terre s’estompent... cela revient à une intime évidence :
« Le blanc est la couleur même du silence ! »

En sortant par le grand hublot bleu de mon cagibi, je vais sans doute découvrir qu’il n’y a aucune solution de continuité entre mon silence intérieur, le silence de la ville et le silence du monde. 
En un éclair, une fois rattrapées les portes les plus éloignées de Paris, je vais découvrir aussi qu’au-dehors d’elles on respire le même silence.
Un silence qui parle.
Un silence qui retient le souffle.
Un silence désespéré et indomptable à la fois.

Un silence qui m’exhorte pourtant à être sage, à ne pas commettre le sacrilège si longuement échafaudé de rendre visite un à un à tous les endroits que je connais autour de moi, en m’approchant des portes où d’autres personnes — connues, inconnues, peu importe — savourent le même silence que moi... et frapper, même de façon imperceptible, par un toc toc que n’importe quelle autorité jugerait en dessous du seuil de silence autorisé. 
Cela déclencherait inévitablement un vacarme endiablé qui tout de suite après se propagerait comme une maudite inexorable contagion.

Et l’on perdrait toutes les vertus du silence. 
Donc, en attendant que tout le monde se réveille guéri, je renonce au privilège de cette petite pièce luxuriante et décide, en me taisant, de faire tout ce que je peux pour que cette immense, invisible étendue de maisons et de rues, de terrains vagues et de champs demeure paisiblement effondrée dans le silence. 

Parce que personne n’a jamais su aussi bien écrire que se taire. Parce que celui qui se tait donne, par le silence, son accord à la cure du silence. Parce que le silence est d’or.

« Sinon, j’ai toujours su que tout ce qu’on peut "éviter" — en faisant recours à notre esprit de conservation ainsi qu’à la force de notre amour pour les autres frères humains — va rendre sans doute moins "inexorable" toute vague destructrice et meurtrière dont la science et l’intelligence des hommes généreux est toujours en condition de connaître et maîtriser la portée. »   

Giovanni Merloni

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LA CURA DEL SILENZIO

« Quand Isabelle dort plus rien ne bouge »
Jacques Brel

In questi giorni che diventano mesi ci troviamo tutti a pensare, credo, le stesse cose. O la stessa cosa, che forma una spessa e quasi tangibile nuvoletta di silenzio dentro ognuno di noi.
Il silenzio di tutte le cose che non si debbono dire, che secondo noi non è bene dire, innanzitutto per non rompere il silenzio che è fuori di noi con una voce stonata, con un accento sbagliato, con una anche piccolissima gaffe.
Il nostro silenzio, come quello di fuori, non è il risultato di un vento devastatore ma, al contrario, la prova della nostra capacità individuale e collettiva di resistere rispettosamente alla Paura... che, a sua volta, sta forse imparando a esprimersi silenziosamente, facendo attenzione a non fare rumore quando deve per forza uscire dal proprio terribile silenzio o quando capisce che è venuta l'ora di rientrarvi in fretta.

Il silenzio si rivela così  l'estrema risorsa a cui possono attingere gli umani per poter sopportare il dolore provocato dal silenzio di coloro che intorno a noi, chissà dove, spariscono per sempre, andando ad aggiungersi alle cupe statistiche del silenzio.

Ognuno di noi ha dunque bisogno di una provvista supplementare di silenzio, ovvero di un luogo silenzioso e segreto, situato a metà strada tra la mente e il cuore, dove ospitare il dolore per la scomparsa di coloro che ci lasciano per morire al posto nostro, cadendo uno a uno, chissà dove, in una silenziosa battaglia che si son trovati a dover combattere dall'oggi al domani, senza transizione, per aver dato un solo bacio, per aver stretto una sola mano o per aver aiutato, un giorno, un altro essere umano ad alzarsi e camminare.

In questi giorni strani che non scaturiscono, purtroppo, dall'invenzione di qualche mente malata ma scorrono fisicamente intorno a noi con una loro inattesa bellezza primaverile, l'antico rumore della città cerca di farsi dimenticare o si affaccia timidamente, sulla punta dei piedi, per non disturbare il precario silenzio della nostra piccola o grande prigione.  

Il nostro stare in silenzio è dunque il male minore, una soglia invisibile, che ci stiamo abituando a non varcare, per salvare noi stessi e tutti gli altri esseri umani possibili e immaginabili che noi stessi potremmo trascinare nel baratro, magari per un solo gesto d'amore.

Ma resta vivo, insopprimibile in ognuno di noi il desiderio di rivivere al più presto quel gesto e di ripercorrere uno a uno i luoghi dove il passo degli altri non ci faceva paura, dove le voci ci attiravano con tutto il loro calore e le loro essenze vitali.

Non possiamo impedirci di sognare, pur nei limiti fisici e mentali del nostro "enfermement".. Per esempio, a me piace, in segreto, in un cagibi della mente che mi sono da solo costruito con le pazienti armi del silenzio, immaginarmi seduto su una antica carrozza dove, al posto delle ruote, qualcuno che lo sa fare ha applicato una slitta perfettamente levigata e silenziosa. 
In questa mia azzardata e forse antiquata ipotesi, ogni rumore potrebbe pregiudicare l'esito o anche la sola messa in pratica della mia stramba iniziativa.
Dunque nel cagibi è entrato, in silenzio, un vento gelato e una porta si è aperta silenziosamente sul vuoto.
Da lì potremmo scivolare, io e la mia slitta silenziosa, certi di trovare il boulevard perfettamente innevato e silenzioso. Il bianco è la sintesi di tutti i colori come il silenzio è la grande coltre dove sono assorbiti tutti i rumori della terra (direi perfino che « il bianco è il colore del silenzio »).
Partendo, scoprirei che non c'è nessuna soluzione di continuità tra il mio silenzio interiore, il silenzio della città e il silenzio del mondo. 
In un baleno raggiungerei le porte estreme di Parigi e scoprirei che anche fuori di esse si respira lo stesso identico silenzio.
Ma sarebbe per me un sacrilegio, ritrovare uno a uno tutti i luoghi che conosco intorno a me, avvicinarmi alle porte di tutte le persone che come me stanno bene o male assaporando il mio stesso silenzio e bussare, anche impercettibilmente, con un toc toc che qualsiasi autorità considererebbe al di sotto della soglia di silenzio consentito. Provocherei un baccano che subito si propagherebbe come un maledetto contagio.
E si perderebbero tutte le virtù del silenzio. Dunque io rinuncio al privilegio di questa stanzetta segreta come al più scandaloso dei lussi e, tacendo, decido di fare la mia parte in questa immensa invisibile distesa di case e strade sprofondate nel silenzio.
Perché un bel tacer non fu mai scritto. Perché chi tace acconsente fieramente e orgogliosamente alla cura del silenzio. Perché il silenzio è d'oro.

Giovanni Merloni

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Entrent dans cette ronde du silence…
Giovanni Merloni qui viens chez moi ;
ensuite, je vais chez Hélène Verdier : Simultanées ;
Hélène chez Noël Bernard : Talipo;
Noël chez Franck : À l'envi ;
Franck et Céline Gouël chez Dominique Autrou : La distance au personnage ;
Dominique chez Jacques : La vie de Joseph Frisch ;
enfin, Jacques attrape la main de Giovanni Merloni : « Le portrait inconscient » ; etc.




mardi 15 octobre 2019

Épreuve(s) : Ronde d’octobre 2019 avec Dominique Hasselmann


Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Épreuve(s) ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Ce mois-ci, j'ai le plaisir de recevoir Dominique Hasselmann qui est l’auteur du blog : « Métronomiques ».
Quant à Giovanni Merloni, il accueille mon texte sur le sien : « Le portrait inconscient ».

Merci à tous les deux, à tous ceux qui font la ronde et à leurs lecteurs.

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Épreuve de philosophie
(4 heures)
Sujet : Épreuve(s).


Mon grand-père paternel avait été un combattant de Verdun. Tout petits, nous l’écoutions raconter ses jours passés dans les tranchées, la boue, la pluie, le froid, la sensation qu’il était impossible « d’en revenir ». Il avait connu « l’épreuve du feu ». Ce déluge de shrapnels, ces bombardements incessants, le sifflement des balles de fusils et de mitrailleuses des soldats d’en face, « les Boches » : la symphonie pour un massacre était restée gravée dans sa mémoire.
Dans le grenier de la maison qu’il habitait, une fois en retraite, à Vesoul (Haute-Saône), nous avions trouvé un jour, mon frère et moi, deux casques et deux masques à gaz qu’il avait rapportés de la guerre. Une fois coiffés et équipés (drôle d’odeur à l’intérieur des appareils pour respirer), nous descendîmes un jour pour lui faire la surprise… Scandale !

Brillamment décrite par Henri Barbusse dans Le Feu, publié en 1916 par Flammarion et qui remporta le prix Goncourt la même année, cette épreuve consume. Il est curieux de noter qu’un précédent livre de l’écrivain communiste, admirateur de Staline, portait pour titre L’Enfer (1908), sorte de prémonition de ce qu’il allait rencontrer lui-même en s’engageant dès le mois de décembre 1914, à l’âge de 41 ans, dans l’armée regroupée au front (231ème régiment d’infanterie), où il restera jusqu’en 1916.
Il faut alors réussir l’épreuve du feu – demeurer vivant – en esquivant la mitraille, en espérant que celle-ci ne vous a pas défini précisément comme cible, en vous abritant sous les rondins et derrière le parapet de la tranchée. Vos camarades sont forcément les prochaines victimes, pas vous.

C’est là que le feu brûle comme la glace et par intermittences non prévisibles : au passage de la Bérézina certains en gardaient un souvenir cuisant. Verdun était devenu une forge fantastique où Pétain n’était pas Vulcain mais celui qui fit fusiller « pour l’exemple » les mutins refusant d’aller à l’abattoir : le film de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire (1957), a reconstitué avec force cet épisode historique longtemps passé sous silence.
De nos jours, l’épreuve du feu est laissée aux pompiers. Ils ont pu la rencontrer récemment, sur une grande ampleur, avec l’incendie de l’usine Lubrizol, classée Seveso, à Rouen. « L’incident » n’a produit qu’un nuage de 22 km de long, dénué de toute « toxicité aiguë » (les cultures maraîchères et les élevages en plein air ont été néanmoins interdits dans quelques départements…), après que les flammes ont éclairé les lieux durant toute une nuit.

Pouvait-on, finalement, affronter l’épreuve du feu en se préparant au face-à-face grâce à un peu de pédagogie ? Les militaires professionnels en faisaient leur approche capitale, les pompiers leur exercice permanent. Pour sa part, au sein de l’éducation nationale, le corps enseignant ressentait de plus en plus les stigmates des grands brûlés. On se rappelait de la formule chantée par les élèves juste avant « les grandes vacances » (identique au titre d’un livre de Roland Dorgelès) : « Les cahiers au feu, les profs au milieu ! ».

(Paris, rue de Lancry, 10e, 19 septembre.)

texte et photo : Dominique Hasselmann

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En ce 15 octobre de l’an de grâce 2019, entrent dans la ronde des « Épreuve(s) »…
Dominique Hasselmann que j’accueille aujourd’hui. Cette fois-ci, je me rends chez Giovanni Merloni : Le portrait inconscient ; quant à lui il va chez Franck : A l’envi, puis Franck chez Marie-Christine Grimard : Promenades en ailleurs, Marie-Christine chez Jacques d'A. : La vie de Joseph Frisch, Jacques chez Dominique Autrou : La distance au personnage qui donne la main au premier Dominique : Métronomiques, etc.



jeudi 3 octobre 2019

Parce que tout ça...



Suis issue de deux lignées de fermiers, pas généraux, de ceux à qui confier un fermage, le soin de cultiver la terre d’un propriétaire, des paysans quoi. L'arrière-grand-père mort de la septicémie, l'arrière-grand-mère qui prend les rênes de la famille. La grand-mère orpheline. Dans l'autre branche de la famille, la grand-mère qui perd un enfant en bas âge, qui ira accoucher de sa dernière fille sous les bombardements ennemis pendant que la plus âgée, sera ma marraine, accouche loin de la maison. Pour une fête patronale, son cousin venu chercher ma mère. Demande faite à la cousine pour la rencontrer. N’était pas mon père celui faisant la demande. Apprendrons cela des années plus tard. Ne saurons pas qui il était. Se sont rencontrés. Se sont aimés. Fiançailles. Mariage le 17 octobre 1964. Printemps 1965, ai été conçue. Engendrée. Ne voulait pas venir au monde. Venue au monde comme un tunnel long et obscur. Ai été tirée hors du ventre maternel à l’aide de forceps. Suis née. Avais la tête en forme d’œuf. Consignée dans le registre des naissances. Prénommée Marie-Noëlle. Avait jusqu’à Noël. Suis née le 12 décembre. Sera donc Marie-Noëlle. Pour les deux ailes et le tréma, mon père ne savait pas bien, a dit de tout mettre. Toute l’attention maternelle sur moi. Craignait des séquelles après cette violence doublée et partagée. Suis l’aînée. N’a pas voulu retourner à la maternité. Pour les sœurs et le frère a accouché à la maison. A veillé. A été soulagée et rassurée aux premiers pas, aux premiers mots. Ai grandi. Ai dénoyauté des cerises pour ma petite sœur. Ai entendu qu’il fallait donner l’exemple.

Pense avoir eu une enfance heureuse. Pourtant rupture à l’âge de raison. Blessure inavouable, secret enfoui. Du fond du puits de l'enfance, remonte parfois une fissure dans le temps et dans l'espace. Ai grandi en Bourgogne, dans une cité minière. Ai appris à écrire. Ai appris à lire. Premier livre lu, Panache l’écureuil. Ai lu les Fantômette de la bibliothèque du fond de ma classe de CM1. Ai lu Les Jolivet et les treize coups de minuit sur la plus haute marche de l’escalier qui menait au grenier, chez mes grands-parents. Ai lu Le meilleur des mondes assise à même le carrelage de la salle à manger. Ai lu L’insoutenable légèreté de l’être à la cafèt’ du CROUS à Dijon. Ai lu les quatre premiers tomes de La Saga des émigrants dans les Vosges. Ai appris l’orthographe. Ai appris la grammaire. N’ai pas été dégoûtée de la poésie par l’exercice de récitation. Suis plus spleen de Baudelaire que bohème de Rimbaud, plus hasard objectif de Breton que route de Kerouac, plus discours amoureux de Barthes que nouveau roman de Robbe-Grillet. Suis plus Madame de La Fayette, Colette, Sarraute, Duras, Sagan que tous ces auteurs. N’achète pas mes livres sur Amazone. Vais dans les librairies, les vraies, et les bibliothèques. Suis allée voir un film à l’Olympia avec ma classe. Ne me souviens pas du titre. Me souviens que dans la rivière les enfants trouvaient un vieux pneu qu’ils prenaient pour un serpent. Ai toujours été effrayée par les serpents, les couleuvres, même les orvets. Pas par les araignées ni par les insectes hormis ceux qui piquent. Redoutent les piqûres, les allergies, celles des orties aussi. Aime le cinéma en noir et blanc. Peux regarder des classiques plusieurs fois sans me lasser. Ai du mal avec le cinéma d’aujourd’hui. Suis timide et renfermée. Fais le clown pour donner le change. Renfermée sur moi-même. Apparurent les angoisses. Apparurent les insomnies. Disaient de moi que manquais de maturité. Adolescence houleuse psychologiquement. Tranquille scolairement. Résultats étaient là. Au lycée plus question de maturité.

Ai d’abord appris un métier. Suis partie à la fac. Ai découvert la liberté loin de la famille. Ai tenté des expériences. Ai commencé à travailler. Ai repris des études en travaillant. Une licence pour l’évolution de la carrière. N’ai jamais vraiment su le sens du mot carrière. Une maîtrise pour le plaisir. Ai réussi. Arrêté là. Aurais aimé continuer, mais épuisement. Ai exploré différents aspects du métier. Sont venues avec les lunettes, les ridules au coin des yeux. En explorera peut-être d’autres avant la retraite. S’en éloigne la date chaque année. Bois du bon thé, de la bonne bière, du bon vin. Mange de bonnes choses, apprécie particulièrement les plats traditionnels. Avec l’âge, ne supporte plus les excès. Devenue raisonnable. Aime que les boissons et les plats soient bien chauds même si c'est pour les laisser refroidir ensuite. Bois et mange tiède. Trop chaud ou trop froid, trouve que l'on ne perçoit pas bien le goût. Ne mâche pas de chewing-gum, me donne mal au ventre. Ne mange pas de caramel, le souvenir d’une mauvaise expérience. Aime les saisons intermédiaires, la douceur et la tendresse des couleurs du printemps, les teintes empreintes de mélancolie de l'automne. L'hiver aussi quand la neige recouvre la saleté de la ville, pas la lumière crue de l'été. Aime l’odeur qui monte de la terre après les premières gouttes de pluie. Ai parcouru des chemins en forêt. Ai marché au bord de la mer. Me suis baladée dans la campagne. Ai marché sur les bords de Seine. Ai sillonné les rues de Paris et d’ailleurs. Ai visité des jardins. Ai visité des musées. Ai visité des églises. Ai essayé. Ai échoué. Ai essayé encore. Ai échoué encore. Ai échoué mieux. Ai puisé. Ai étayé. Ai construit. Ai vécu. Suis entrée plusieurs fois dans des sex-shops, toujours accompagnée d’un homme. Suis allée voir un film porno dans une salle obscure, accompagnée d'un ami gay, en ce temps-là on disait homosexuel. Me suis parfois demandé si j'étais une « fille à pédés ». Jamais ne me suis demandé si j'étais celle de mon père. Ai pourtant eu ma période roman familial après la lecture de Sans famille. Ai baisé sans amour. Me suis amourachée souvent. Ai été amoureuse rarement. M’arrive d’avoir du désir pour une femme qui marche devant moi dans la rue. Ai connu des chagrins d’amour. Ai été quitté. Ai quitté. N’aurai pas d’enfant. Ai eu un seul animal de compagnie, une chatte européenne noire. Ai conduit mes parents à l’Éhpad. Ai installé mes parents à l’Éhpad. Ai visité mes parents à l’Éhpad. Juste en face un vieux bâtiment, délabré, abandonné, un certain charme, suis née là. Ai dénoyauté des cerises pour ma mère. Ai pleuré les morts. Ai fait le deuil. Déteste quand le temps ne passe pas. Déteste quand il passe trop vite. Avance avec la mémoire. Avance avec les souvenirs. Avance avec la nostalgie. Ai été rebelle intérieurement, intellectuellement. Pas dans les actes. Ai appris à me connaître mieux au fil du temps. Ai compris tardivement que la solitude était mon chemin. Sais maintenant que si tout n’est pas sérénité, possible de la frôler, plus que la frôler parfois. Disparurent les insomnies. Ne comprend pas vraiment les règles du jeu. Ai fait. Ai vu. Ai lu. Suis venue. Ai vu. N’ai pas vaincu. Suis devenue ce que suis parce que tout ça. N’ai pas perdu toutes mes illusions. N’ai ni regrets ni remords. N’en suis pas sûre. Garde espoir en l’avenir.

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2019 : « Pousser la langue, proposition 7 | introspection sous verbe » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.