mercredi 25 mai 2016

To-do liste matinale ou Rituel de l'éveil





- Mettre le radar et déclencher les automatismes.
- Chausser les lunettes, c'est un bon début…
- Allumer la lampe du salon.
- Se rendre dans la cuisine (dite américaine).
- Appuyer sur le bouton « On » de la bouilloire électrique pour faire chauffer l'eau préparée la veille.
- Aller faire pipi, contingence physiologique souvent à l'origine de l'éveil.
- Allumer l'ordinateur.
- Sortir un grand bol -y mettre le thé- et un grand verre -y verser du jus de fruit.
- Ouvrir le navigateur de l'ordinateur et regarder les mails et les notifications Twitter de la nuit.
- Verser l'eau chaude dans le bol.
- Fumer la première cigarette pendant l'infusion.
- Commencer à lire et à partager les textes publiés sur les blogs.
- Jeter les feuilles de thé dans la poubelle.
- Apporter le bol sur la table devant l'ordinateur.



- Manger des céréales dans du lait végétal ou des anglaiseries accompagnées de confiture ; quelquefois une banane pour le magnésium. Quand c'est la dèche, tremper quelques biscuits dans le thé.
- Continuer à lire et à partager les textes publiés sur les blogs.
- Prendre une douche bien chaude pour finaliser la mise en route de la carcasse.
- Ensuite, commence la journée mais c'est là une toute autre histoire...






jeudi 19 mai 2016

Haïkus malouins







Vendredi 13



Cadre naturel

ouvert sur soleil couchant,

couleurs suréelles.





Samedi 14



Ne rien oublier...

Mémoire aux couleurs trop vives

pour sombres douleurs.






Dimanche 15



Au-delà du temps,

Surcouf nous désigne Albion,

perfide ennemie.





Lundi 16



Fils lancés, tendus...

Lointains rêvés ou vécus,

consciences en veille.







vendredi 6 mai 2016

Vases Communicants du 4 mai 2016 : Invité : Dominique Hasselmann : « La peau de pierre nue »






François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014. Je remplace Angèle depuis le mois de novembre dernier.


Aujourd’hui, j’ai donc le très grand plaisir de recevoir Dominique Hasselmann pour ces Vases Communicants et de publier son texte « La peau de pierre nue » chez La dilettante.


Je le remercie d'accueillir mon texte « Vous qui passez sans me voir... » sur son blog : Métronomiques.


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(cliquer pour agrandir)


La peau de pierre nue

Imprudemment sans doute, j’ai quitté mon piédestal mais j’ai attendu que la nuit ait enveloppé les environs. Si je m’étais baladée dans le plus simple appareil, on m’aurait mis la main dessus. Ou il aurait fallu que je me trouve et enfile une burqa pour passer inaperçue.

J’ai marché le long des rues près de ce parc de Créteil. Tout était calme et silencieux, seules quelques rares voitures s’annonçaient de temps en temps au loin par le pinceau de leurs phares blancs. Alors, je me rencognais rapidement dans une porte cochère ou derrière un abribus.

Le vent caressait ma peau de pierre nue. Drôle d’impression que celle de retrouver sa liberté de mouvement si longtemps déniée, entravée… Je n’avais pas noté le nom de celui qui, telle une Frankenstein féminine (en plus jolie !), m’avait créée. C’était peut-être aussi une femme sculpteur, un double de Mary Shelley ? On ne m’avait pas demandé mon avis, une fois l’œuvre ou le forfait accompli.

Quel besoin d’habits ? J’avais affronté sans rien toutes les saisons, le gel et la neige de l’hiver, le printemps des fleurs bleu blanc rouge, l’été meurtrier, l’automne et sa rousseur, et ce, durant quelques années. Sans compter les regards concupiscents (des hommes et parfois des femmes), les caresses osées (de préférence une fois le soir tombé, malgré l’entrée du parc cadenassée), les baisers à bouche-que-veux-tu et que je ne pouvais repousser.

Là, je me sentais enfin libre, mes jambes étaient soudain déliées, mes cuisses fonctionnaient comme des bielles de locomotive à vapeur, mes longs cheveux me servaient en quelque sorte de GPS nocturne. Je n’avais pas froid, la marche faisait circuler un sang nouveau dans mon corps jusqu’alors pétrifié.

Ce parfum entêtant d’horizon indéterminé (comme ce qu’ils nomment un « CDI »), de lignes de fuite offertes, d’escapade sans butoir, j’en profitais avec joie et innocemment.

Par ce coup de baguette magique inattendu – quelqu’un avait écrit à mon propos et ses simples lignes avaient coupé les liens qui m’attachaient au socle minéral de ce lieu à la Philippe Sollers – je goûtais, sans l’avoir jamais espéré, l’enchantement, l’adorable miracle qui m’adoubait fortuitement dans le monde des vivants.

Après plusieurs heures de promenade, du moins je le présume car je n’avais pas reçu de montre figurant à mon poignet, je commençais à ressentir une certaine fatigue (j’aperçus une plaque : rue Poète et Seillier), et je décidai de regagner mon lieu d’habitation. J’enjambais sans difficulté, comme à l’aller, la clôture de cet espace vert où on n’avait pas encore installé des toboggans pour enfants avec sol amortisseur de chocs en fausse mousse verte.

Je me rapprochai doucement du socle sur lequel j’avais été plantée le jour de ma naissance. Le jour apparaissait et les fleurs, gonflées de rosée, m’avaient attendue.

Je repris la pause : debout, souriante, les seins fiers, la jambe galbée en avant, comme pour indiquer que j’étais prête à une nouvelle excursion.

Les visiteurs du soir pouvaient désormais revenir mais ils ne sauraient jamais que je possédais maintenant une double vie.



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texte : Dominique Hasselmann
photographie : Marie-Noëlle Bertrand




samedi 30 avril 2016

Choses vues





Fragment du jour 1

Sur un bout de carton :
« J'ai faim, aidez-moi ».
Une femme s'assied près d'elle,
sort un sandwich de son sac.
Elle le partage, l'instant aussi.



Fragment du jour 2

Arrêt brusque du bus.
Péniblement, elle s'avance pour descendre ;
les courses sont lourdes dans le chariot.
Un collégien les dépose sur le trottoir.
Dans leurs regards, remerciements réciproques.



Fragment du jour 3

Elle trébuche sur le trottoir.
Il l'aide à se relever ;
il s'enquiert : « Ça va aller ? »
Oui… Il sourit.
Ils repartiront chacun de leur côté.



Fragment du jour 4

Face à l'évidence
de l'attention portée à l'autre,
de l'entraide fraternelle,
l'étonnement.
Pourquoi ?



Fragment du jour 5

C'est qu'des bêtes qu'ils disent...
Salon de l'Agriculture ?
Non, le Ministère du Travail !



Fragment du jour 6

Calais, destruction de la Jungle…
Expulsés de leurs abris de fortune,
des réfugiés se cousent la bouche.
Sont là des témoins : stupéfaction, non ingérence ou indifférence ?

« Now will you listen ? »



Fragment du jour 7


Consternation...





Ce texte a été publié pour la première fois sur « Sous mes doigts la pluie », le blog d’Olivier Savignat, dans le cadre des Vases Communicants de mars 2016.







 

mardi 19 avril 2016

Management translation





Management translation




Management translation - Manègement < de manège, lieu où l'on fait tourner les chevaux en rond pour les dresser, les dompter… Manège < du latin « manus agere », conduire avec la main. Manager = c'est conduire de main de maître. Manager = manipuler adroitement et artificieusement des individus et des groupes pour parvenir à ses fins. Manager = tenir les rênes de l’entreprise et faire attelage avec l’équipe. Manager = faire tourner en bourrique , transformer en une bête de somme, faire tourner en rond jusqu'au chacun pour soi et à l'insolidarité.


Ce texte a été publié pour la première fois sur le blog de Stéphane Bataillon, dans le cadre des Vases Communicants de janvier 2016.








vendredi 1 avril 2016

Vases Communicants du 1er avril 2016 : Invitée : Sylvie Pollastri : Dans cet éternel présent de nos regards (1/2)




Entends-tu ? Entends-tu nos voix qui se sont tues ? Entends-tu derrière nos voix l’étendue du silence qui nous sépare ? Vois-tu dans cet éternel présent de nos regards le lien qui nous unit, maintenant que tes yeux se posent sur nous ?





Réunis dans un cercle. Une famille. M’a-t-elle devancée ? Peut-être. Je n’ai pas de mémoire ; j’ai beau scruter leurs regards fixes et quelque peu farouches, j’ai bien peur qu’elle ne soit à jamais perdue. Réunis dans un cercle. Elle, la mère, assise dans sa robe noire qu’on voudrait de satin, assise comme sur un trône, la main du père sur son épaule. Il a ôté sa casquette que l’on croit entrevoir accrochée près de l’entrée de la maison. Il en reste la marque sur le front. Son aîné a sa posture. Comme lui, il est freiné dans un élan, dans une ténacité où pointe l’inquiétude de ne pas voir vers ce futur improbable, dans l’attente de l’ordre du photographe. Il porte des habits de presque homme, un gilet sous sa veste longue, un pantalon déjà sous le genou. Je ne sais s’il a des chaussettes dans ses bottines à boutons plutôt neuves. Je pense que oui. Son cadet en marinière claire rechigne à vouloir rester sans bouger. D’ailleurs, on vient de le réprimander. « Arrête de gigoter ! d’agiter les bras ! tu vas froisser tes vêtements ! » Et c’est un regard torve qu’il lance à travers le siècle. Le plus petit a obéit, lui, a attendu juste avant le clic, non ? Les filles sont si posées au contraire. L’aînée parait bien plus grande que son âge, trop sérieuse, presque nourrie de colère. La cadette, seule, sourit, le bras gauche posé nonchalamment sur l’épaule de sa mère. La mère qui timide à sourire elle aussi, mais a su conserver des yeux rieurs qu’elle offre ainsi à l’inconnu qui la regarde aujourd’hui. La mère, derrière son regard lumière, derrière sa robe noire qui pourrait être de taffetas, la mère, reine assise comme sur un trône, la mère s’efface inexorablement, disparaît. Car les cols clairs du père et de l’adolescent comme les grands cols sur les robes des filles tracent une double ligne convergente vers l’enfant, tenu par deux mains solides. L’enfant, au cœur d’une nativité sans âge sur le trône du temps. Il me fixe avec deux grands yeux ourlés de sourcils noirs, étrangement forts, dérangement vifs sous la retouche.
Non, je n’entends pas vos voix que vous avez su taire à cet instant. Je ne vois sur vos visages que le calme malgré des sentiments retenus, enfouis, tenus au loin, tout comme les bruits proches de la rue, tout comme la fatigue qui s’inscrit sur vos mains adultes. Toute la vie est revenue après cette photo solennelle que vous avez pris soin de me faire parvenir. Toute la vie, contenue dans ce cercle. Une famille millénaire, la nativité de toute génération.

Sylvie Pollastri





François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014. Je remplace Angèle depuis le mois de novembre dernier.




Aujourd’hui, j’ai donc le très grand plaisir de recevoir Sylvie Pollastri pour ces Vases Communicants et de publier son texte « Dans cet éternel présent de nos regards (1/2) » sur La dilettante.


Je la remercie d'accueillir mon texte « Dans cet éternel présent de nos regards (2/2) » son blog : Chronique des pas perdus.




 
© Sylvie Pollastri