vendredi 3 avril 2015

Vases Communicants du 3 avril 2015 : En attendant le printemps ; Invité : Eric Schulthess


François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois. Je les ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d'accueillir Eric Schulthess pour ces Vases Communicants et de publier sur La dilettante son poème "En attendant le printemps". J'ai "rencontré" Eric Schulthess par ses www.sonsdechaquejour.com/, j'ai aussi plaisir à lire ses textes dans carnetdemarseille.com/ où il m'accueille aujourd'hui avec quelques haïkus que j'ai commis à cette occasion.




En attendant le printemps



Tu as lancé ton signal d’or au-dessus des toits
Comme un souffle vif et chaud pour transpercer la froidure
Les maisons ont cligné des yeux
La ville a frissonné dans le noir
J’ai su que tu arrivais

 


Le lendemain, tu as joué avec le ciel
Envoyé un nuage caresser les mâts
Trôné tout là-haut en silence
Personne n’a douté de ta présence
J’ai su que tu approchais



Chaque rocher m’a parlé de toi
De ton passage parmi les algues et les embruns
La rade s’est offerte
Les vagues se sont tues
J’ai su que tu venais



Dans le quartier, au fil des pas
Ruelles désertées
Trottoirs résignés
Rideaux baissés
J’ai su que tu tarderais



En attendant le printemps. Huit haikus et un poème
Eric lit nos Vases Communicants d'avril



dimanche 29 mars 2015

Un aimant jamais n'abolira le hasard

Figure majeure de l’art cinétique, Takis fête ses quatre-vingt-dix ans au Palais de Tokyo. L’exposition "Champs magnétiques" présente l’ensemble de l’œuvre de cet artiste qui a su mêler lumière, musique, vent et aimants pour célébrer les forces vitales et fondamentales de l’univers.

J’ai été littéralement aimanté par les "Panneaux musicaux" ; là, je me suis assise dans le petit amphithéâtre et j’ai écouté…



La magie a opéré… Je suis ensuite allée à la découverte du fonctionnement de cette installation : des électro-aimants dissimulés derrière les tableaux blancs déplacent de grosses aiguilles qui viennent frapper aléatoirement des cordes produisant l’étrange musique que j’avais pu entendre pendant quelques minutes.
Jusqu'au 17 mai prochain, au Palais de Tokyo, allez admirer les "Champs magnétiques" et écouter les "Panneaux musicaux" de Yakis.
Vous pouvez voir des photos de "Panneaux musicaux", celles de l'exposition "Champs magnétiques" et de ma visite au Palais de Tokyo sur Flickr.





jeudi 26 mars 2015

The Incredible Adventures of Border-Crossers, performance d'Ong Keng Sen: répétition publique au Palais de Tokyo

Lundi dernier, lors de ma visite au Palais de Tokyo, où je m’étais rendue aimanté par l’exposition « Takis / Champs magnétiques », j’ai été happée par la répétition publique de « Les aventures incroyables des border-crossers » et j’ai été complètement subjuguée. Tous les arts -théâtre, danse, musique, chat, photographie et vidéo- sont convoqués pour nous envoûter. Pour chacune des expressions artistiques, tradition et modernité s'unissent pour faire jaillir le sens.




Cette performance d’Ong Keng Sen, qui dure six heures, sera donnée au Palais de Tokyo les 27 et 28 mars 2015. Elle sera associée au vernissage de l'exposition « Archipel Secret » et ouvrira le festival « Singapour en France » qui se déroulera du 26 mars au 30 juin 2015.
Par cette longue fresque, le performer raconte l'histoire de Singapour et celle des Singapouriens essaimés à travers le monde.

Vous pouvez retrouver les photographies prises lors de cette répétition et de cette visite au Palais de Tokyo sur Flickr.


samedi 21 mars 2015

Arctophile, vous avez dit arctophile…

L’exposition « La fierté du collectionneur » avait lieu à Alfortville du 14 au 19 mars 2015. Les collectionneurs de cette association ont exposé ce qu’ils ont de plus précieux et nous ont fait partager leur passion. Ce fut le cas de cette gentille arctophile qui a accepté de me parler de sa collection d’ours en peluche. 

 

Si vous avez envie de voir les photos des ours en peluche (et d'autres nounours).

lundi 16 mars 2015

Instantanés reprise : texte, photographies et lecture

Je reprends ici le texte que j'avais écris pour les Vases Communicants de mars et qui avait été publié sur le blog Les Tribulations d'Eric Dubois.

Pour certains des instantanés, j'ai ajouté un lien vers la photo qui en est à l'origine.



Qui ne sait pas peupler sa solitude,
ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.
Charles Baudelaire, Les Foules (Le spleen de Paris ; XII)


InstantanÉs
PETIT POÈME PAS TOUT À FAIT EN PROSE

Assis en tailleur sur le banc casque sur les oreilles sac à dos près de lui vélo accoté au banc Il est ailleurs déjà presque reparti / Des plumes qui volent Des coups de becs La vieille dame au béret rouge s’en est allée laissant les pigeons s’arranger des biscottes écrasées du bout de sa canne / Arc-bouté sur la poussette de l’enfant Déterminé il avance sans même un regard pour l'étal du bouquiniste / Assis sur le banc il lit le journal A ses pieds quelques cannettes de bière vides abandonnées par les élèves du lycée voisin / Elle dit trop haut à son amie Mon père m'y a forcée moi je ne voulais pas me marier je voulais réussir dans ma vie / Assise sur un banc elle dévore un livre et une pomme / Des touristes plutôt des promeneurs D'un sac à dos ils sortent des viennoiseries et un thermos de café qu'ils versent dans des gobelets en plastique // Le temps d'une cigarette d'une photo de quelques notes Elle ne fut qu'une passante



Ecouter la lecture sensible et nuancée qu'en a faite Angèle Casanova pour la recension des Vases Communicants de mars.




vendredi 6 mars 2015

Vases Communicants du 6 mars 2015 : Invité : Les Tribulations d’Eric Dubois




Pour rêver
nous avons la lumière du monde


Les poèmes du passant singulier


Respiration du désir
dans le coma serein des oiseaux


Pour rêver aussi
nous avons le départ des trains


Les verres vides des mariages


La chair fantôme miroir de l'amour
dans les mains du vagabond


Pour rêver toujours
nous avons enfin la robe diluée du soir


Le long apprentissage du sensible


La statue blessée que les jours
innocentent


Comme le pourquoi des pavés nus
oublie les ciels menaçants


Quand la parole démine
la seule certitude présente


Ici s'accomplit l'horloge




Mars 2015

ERIC DUBOIS


Notule, Eric Dubois se présente...

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie dont entre autres « L’âme du peintre » ( publié en 2004) , « Allée de la voûte »(2008), « Les mains de la lune » »(2009), « Ce que dit un naufrage »(2012), « Assembler les rives » (2013), « Lyre des nuages » (2014) aux éditions Encres Vives, « Estuaires »(2006) aux éditions Hélices ( réédité aux éditions Encres Vives en 2009), « C'est encore l'hiver »(2009) , « Radiographie » , « Mais qui lira le dernier poème ? » (2011) sur www.publie.net, « Mais qui lira le dernier poème ? » aux éditions Publie.papier (2012) , « Entre gouffre et lumière » (2010) et "Le cahier- Le chant sémantique- Choix de Textes 2004-2009 " chez L'Harmattan (2015) ,« Le canal », « Récurrences » (2004) , « Acrylic blues »(2002) aux éditions Le Manuscrit. Participation à de nombreuses revues. Textes inédits dans les anthologies Et si le rouge n 'existait pas ( Editions Le Temps des Cerises, 2010) et Nous, la multitude ( Editions Le Temps des Cerises, 2011), Pour Haĩti ( Editions Desnel, 2010) , Poètes pour Haĩti (L'Harmattan, 2011), Les 807, saison 2 ( Publie.net, 2012), Dans le ventre des femmes ( Bsc Publishing, 2012), L'Almanach insolite ( Mines de rien , 2014) ... Responsable de la revue de poésie en ligne « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d'Eric Dubois ». Chroniqueur dans l'émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm Paris) depuis 2010.
Adhérent de la Maison des Ecrivains et de la Littérature ( MEL)  : http://www.m-e-l.fr/eric-dubois,ec,1140 .
Notice au Centre National de Ressources pour la Poésie : http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=761 .








Le 23 février, je vois le message suivant sur Twitter :
@EricDubois cherche un covase pour les Vases communicants de mars 2015 ! A bon entendeur ! https://t.co/zgeFdcXc1y
J’y pensais à ces Vases Communicants, il ne manquait qu’un déclic...

François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de participer pour la première fois aux Vases Communicants et de publier sur La dilettante un poème d’Eric Dubois tandis qu’il accueille le mien sur son blog Les Tribulations d’Eric Dubois.


mercredi 25 février 2015

Dissémination du 27 février 2015 : « La Chronique : Ecrire le temps »

Quand Noëlle Rollet (@selenacht) m'a proposé de participer à cette dissémination, j'ai presque immédiatement pensé à la série de textes de Lambert Savigneux (@lamazezen) intitulée « De l'eau sous le menton : Carnet de note japonais » que j'avais lus en suivant le courant de l'année 2014.

Je les ai relus et mon choix s'est arrêté sur la publication qu'il a consacrée à Chigusa Soun (1873-1944) le 5 février 2014 ; un an déjà avait passé…

L'auteur m'a aimablement autorisée à disséminer ce texte malgré l'imprécision de ce que je comptai faire à partir de son travail : je vais essayer d'écrire avec deux contraintes : utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans votre texte, deux ou trois poèmes de formes "fixes" japonaises et/ou occidentales.

Je le remercie ici de son amitié toute « twitte(re)sque » et de sa confiance.


Chigusa Soun (1873-1944)

S’il n’avait peint que cette encre, Chigusa Soun aurait pu s’asseoir content, son coup de pinceau lui a gagné l’éternité. J’ai le même sentiment qu’avec les études à la gouache de Constable. Une peinture qui soudainement apporte tout. D’emblée la plénitude du paysage dans la brume ou sous la pluie, la densité et la légèreté de la lumière et les odeurs que l’eau ravive, la terre enfin vivante quand elle est mouillée que montent les nuées et que l’encre et le lavis du papier se mettent à parler de la peinture à venir sans rien tenter de décrire, la sûreté seulement du pinceau et sans que rien ne l’ai laissé présager. L’artiste japonais occupé à dessiner des fleurs, à faire de son mieux en suivant les enseignements stricts et attaché à la tâche, ne l’a pas vu venir, comme d’autre avant lui, il s’est oublié et d’un seul coup à laissé entrer l’encre et le papier. Des siècles de travail et la fulgurance de la compréhension intime du monde. Un zeste de zen au moment où le travail s’interrompt. 

Il faut oublier cette impression de fulgurance géniale. Soun n’est pas n’importe qui. C’est élève de Takeushi Seiho, l’un des maître les plus importants du Nihon ga, littéralement peinture japonaise, cherchant à unifier dans cette fin de l’ère Meiji, l’essence de la peinture japonaise avec le développement de la modernité occidentale, recherchant la peinture japonaise par excellence.
Mais Chigusa Soun fut animé par une volonté radicale de changement dans la vision japonaise de la peinture, en cela il diffère de beaucoup. L’on est frappé en découvrant ces œuvres de la matière brute, où le monde est dépeint sans le moindre recours à une sorte d’esprit de sympathie, il n’y a pas de recul ou d’estrangéité entre le monde et moi, est il de même essence, dépouillé de l’esthétisme et comme regardant sans complaisance le  monde par des yeux qui ne transigent pas, marquent la perception dans la peinture ou l’encre. Sans raccourcis. C’est cela que nous apercevons dans ces peintures, peu de peintres au Japon ont pratiqué la peinture à l’huile de façon frontale, comme si cela était primordial de puiser dans la réalité sans fard les épuisements et les ressources d’un monde dans sa matérialité énergisante.




C’est cela, sans doute, qui nous rend cette encre si proche, ce détail qui pourrait être l’œuvre elle même, synthèse de l’art de l’encre, sa finesse, brutalité et densité d’une matière à même d’écrire l’essence de notre présence au monde, qu’un jour de brume dans les montagnes, nous percevons dans cette vapeur de l’eau qui monte avec nos corps et la vision estompée du paysage tout autours, habité et essentiel que l’oeil peut enfin tout embrasser. De plein pied dans l’humidité chargée du papier.



Chigusa Soun, dans sa quête de vérité et de renouvellement, fut aussi un progressiste attiré par le petit peuple et la promesse de d’une beauté cachée dans les recoins sans masque de l’humanité. Que se soit dans les traits fatigués d’une femme au travail, plus belle peut être que la beauté masquée, peinture de paysage sans verticalité ou un bosquet est choisi pour la beauté non particulière et comme anodine et qui pourtant résume sans bruit l’inénarrable que le monde a de vrai.
Chigusa Soun a choisi d’encrer son regard, déterminant une autre route peut être inhabituelle pour le Japon. sans chemin par le regard, l’encre ici parvient à la parfaite synthèse en restant muet sur les beautés idylliques et rejoignant les fastes de la calligraphie, l’on aperçoit les  vitalités du Sho.
                                                                                    


Pour cette dissémination, ma proposition était finalement la suivante :
Ecrire avec deux "contraintes" :
- utiliser 5 à 10 mots "choisis au hasard" dans le texte. Voici donc les dix mots que vous pourrez retrouver dans les poèmes : modernité, plénitude, fulgurance, vapeur, promesse, regard, encre, lumière, odeurs et brume.
- créer à partir de deux formes fixes : un tanka et un pantoum.
Ces deux formes "parentes" permettent un entrecroisement thématique de l'observation du monde et de l'intimité qui se prête tout à fait à l'évocation "du temps qu'il fait", "du temps qui passe".
Au-delà des contraintes, je me suis aussi laissée porter par les deux encres et le diaporama que le texte accompagne.




TANKA M
ÉLANCOLIQUE 
POÈME COURT

Par-delà la brume
que nul regard ou lumière
ne peut traverser,
ta voix que j'ai crue éteinte
nous encourage et rassure.

Bande-son (Musique du Japon Impérial : Rokudan)

 


MODERNITÉ
PANTOUM MÉLANCOLIQUE

Assise seule sur le seuil,
Odeurs de l'automne en cohorte.
De l'enfance faire le deuil,
Pour toujours, refermer la porte.

Odeurs de l'automne en cohorte,
Signes des frimas à venir,
Pour toujours, refermer la porte
Sur la vapeur du souvenir.

Signes des frimas à venir,
Le soleil tamisé ravive
Sur la vapeur du souvenir
La promesse que demain vive.

Le soleil tamisé ravive
Les mots que l'encre bleue renoue,
La promesse que demain vive,
Que ta vie se reflète en nous.

Les mots que l'encre bleue renoue
Dans le ciel ; naît la certitude
Que ta vie se reflète en nous,
Fulgurance, la plénitude.

Dans le ciel, naît la certitude.
Le dernier chant du bouvreuil,
Fulgurance, la plénitude,
Assise seule sur le seuil.

Bande-son (Kaddish de Maurice Ravel)