mardi 27 décembre 2016

Loup y es tu ?


ceux qui se souviennent sont de moins en moins nombreux ; certains ont pris soin d’en effacer les traces ; dessous c’est comme un gruyère les galeries n’ont été ni comblées ni réétayées lorsque le bois s’est délité ; l’homme imprévoyant accuse les risques géologiques pour détruire ; ici ou là une chapelle ; ailleurs la totalité d’une cité ; s’effacent ainsi des pans entiers de vie ; s’estompent alors la mémoire des lieux de l’enfance ;

le Bois du Leu ça commençait à l’étang et ça se terminait à Chez l’Ecuyer ; lorsque j’y reviens dans les années 90 pour montrer MON école à la petite sœur d’un ami elle a été détruite ; le Bois du Leu a carrément été rayé de la carte ; il ne reste que l’école de musique et l’étang sis en ce qui fut le haut du quartier moins touché par les effondrements ; plus rien de l’école où je me suis rendue chaque jour jusqu’aux vacances de Pâques de l’année 72 ; plus rien des énormes platanes aux couleurs changeantes qui ornaient la cour et marquaient le passage des saisons ; plus rien des deux bâtiments dont l’un accueillait les élèves de maternelle et de CP l’autre les classes des grands ; plus rien de la longue algue brune accrochée à l’armoire au fond de ma classe de CP ; plus rien du préau sous lequel j’ai sauté de cerceau en cerceau ; plus rien du trottoir où j’ai demandé à un ami de mon père s’il pouvait nous reconduire à la maison un jour où la personne qui devait le faire n’était pas venue ;

quelques arbres frêles plantés par l’ONF pour stabiliser les sols ; aujourd’hui peut-être redevenu un bois ; prom’nons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas si le loup y était il nous mangerait; loup y es-tu ; es-tu revenu au Bois du Leu ; loup entends-tu que fais-tu ?


Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'hiver 2016-2017 : « du lieu, 1 | lieu point-virgule lieu » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.




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